On touche le fond

Publié le par Guillaume

FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE DE DEAUVILLE, 11ème édition

Quitte à jouer le vieil aigri, je me rappelle d'un temps où ce festival procurait de vraies émotions cinématographiques et faisait découvrir des horizons lointains inconnus et diversifiés. C'était dans ses premières éditions, quand le festival ne s'était pas encore « professionnalisé ». Pourtant ce passage sous la gestion de professionnels (le public systeme, pour ne pas les nommer) aurait du asseoir durablement la réputation du festival et enrichir la programmation. Mais voilà, d'années en années, le Festival perd de sa superbe. Jusqu'à cette terrible édition 2009.

Par où commencer.... La programmation, peut être. Là où les premières années le spectateur ému pouvait alterner IWAI Shunji, animation, kunf fu, drame intimiste et films d'auteurs, les récentes années ont vu poindre une programmation de bobo. Comprenez programmation de films qui flattent un faux intellectualisme, à base de problèmes de société dilués dans de grandiloquents moments de pure émotion ; le tout si possible dans des films avares de dialogues. En fait, c'est la diversité même du cinéma asiatique qui passe ainsi à la trappe. Le festival propose alors des films de festivals. Logique, mais paradoxal. Le facteur découvert et ouverture n'existent quasiment plus en faveur de films exportables, et ceci dès leur mise en production. Et forcément à cumuler ainsi des séances de films similaires, on se dit que quelque part on se fout de notre gueule et que Deauville Asia n'est plus ce merveilleux outil culturel. A peine est il une belle vitrine d'avants premières françaises. La programmation deauvillaise manque de courage, et d'un programmateur curieux, ou ne serait ce que d'un programmateur amoureux du cinéma asiatique dans sa diversité. Je ne demande pas une nuit tentacules, mais non le cinéma asiatique ce n'est pas que du drame intimiste prompt à exposer dans une fausse douleur la vie des mineurs ou les difficultés de communication. Où sont les comédies ? Où sont les succès du BO asiatique ? Oui, Deauville propose des films peu connus, des premiers films même, mais il ne diversifie pas son offre. C'est ici le plus gros écueil et la preuve d'un non intérêt pour le cinéma asiatique.

On en vient au second point. Alors si Deauville n'a pas d'intérêt véritable pour le cinéma asiatique, pourquoi tout cela ? Parce que ce festival est quand même une bonne idée, et qu'il doit être rentable. Pour cela, appâtons donc avec du drame. Et laissons le reste de coté. Le reste comme cette troisième salle supprimée cette année. Le reste comme des films d'actions relégués au second plan. Quand on sait que le week end ce sont ces derniers qui attirent le plus de foule, et bien la moitié des éventuels spectateurs restent à la porte de la salle, pour cause de complet. Riche idée, que d'avoir supprimer une salle. Riche idée que de ne programmer la plupart des films qu'une seule fois sans rediffusion possible. Riche idée que l'on apprécie moyennement quand on a payer 12 Euros la journée et qu'on ne peut rentrer voir un film, ou même trois. Ca énerve d'engraisser en pure philanthrope une organisation défaillante qui ne fait pas son possible pour accueillir ses spectateurs. Ca énerve d'autant plus que lorsqu'on loupe une séance et qu'on veut se rabattre sur la seconde, en cours dans l'autre salle, on se fait jeter par un vigile antipathique ; et cela même si cette salle n'est qu'a moitié remplie. Le bon coté de la chose c'est que cela montre que la diversité, c'est-à-dire le film non intimiste chiant à se tirer une balle, attire les foules. L'organisation l'a-t-elle notée ? En fera t'elle quelque chose ?

On pourra me rétorquer que je suis virulent sans prendre en compte les problématiques internes : rentabilité, disponibilité des films etc..... Mais là n'est pas mon problème. Je paie pour un festival de film asiatique et 1/je reste dans la rue, 2/la programmation est uniforme, 3/je verrai les mêmes films au cinéma d'ici quelques semaines. Pourtant, il y a des bonnes choses à tirer de cette 11ème édition. Pour commencer il faisait beau. L'organisation n'y est pour rien, mais quand on reste à la porte d'une salle de ciné, c'est toujours plus plaisant sous le soleil que la pluie. Le regard sur Lee Yoon-ki m'a ensuite confirmé que le Corée avait un vrai cinéaste. Et pour finir, même si je suis énervé par cette décevante édition, la programmation n'a pas été en dessous des années précédentes, en terme de rapport bons / mauvais films. C'est juste inadmissible que le cinéma mainstream asiatique soit ainsi méprisé au profit de bobines spéciales festivals. Le pire, c'est que malgré tout je serai sûrement présent à la prochaine édition. Si elle se fait, tant cette année cela ressemble à un dernier sursaut avant extinction.


Parlons films, car c'est là le plus important. Regard rapide sur ce que j'ai pu voir.


Naked of Defenses
Archétype du film indépendant, sans moyens, qui aurait pu être bien si ce n'était un discours d'une vacuité absolue et une approche maladroite, due tout autant à des manques d'expérience (montage, musique, cadrage, direction d'acteurs) qu'à un choix d'approche intimiste du réel, sans enjeux. Le summum restant une scène inexplicable de l'héroïne urinant, en gros plan. A voir si vous aimez quand un réalisateur filme l'accouchement de sa femme et s'en serve dans un film.


Breathless
Rempli de clichés inhérents au cinéma coréen : violence exagérée, cris, femmes baffées, Breathless réserve quand même quelques jolies surprises intimistes qui ont le mérite de ne pas céder à une facilité narrative ou scénaristique. N'empêche que sur la durée le film est too much, à la limite du ridicule. Ne mérite en aucun cas le prix reçu.


Fireball
Pas de ladyboy ni d'handicapés dont on se moque. A se demander si le film est vraiment thaïlandais. Mis à part cet impardonnable manque d'identité culturelle, le film est un joli navet cadré par un aveugle (pas un seul coup n'est cadré dans le champs), monté façon stroboscopique et dont l'argument basketball est une vaste blague. Les scènes d'action étant illisibles (et encore je suis gentil), l'histoire étant inexistante, Fireball remporte la palme du film à ne pas voir, même pour une soirée bière. Préférez Le Sang des Héros, sur une thématique proche.


The moss
Le film commence plutôt bien, avant de s'écrouler sous son manque de fondations et d'enjeux. The moss est un polar comme HK nous en a pondu des centaines, avec les mêmes défauts (sentimentalisme guimauve, humour scato, surjeu), le tout sur fond de réalisation dans le vent c'est-à-dire poseuse, illisible et surdécoupée. Un film de fin de soirée.


Members of the funeral
Je suis partagé. D'un coté le film n'apporte rien. De l'autre il propose une histoire sympathique, montée comme un roman policier (on pense à Agatha Christie, souvent citée dans le film) par chapitre et points de vues avec des personnages atypiques. Au final, c'est quand meme un peu vain, malgré une jolie image et une réalisation parfaitement maîtrisée


My Dear enemy
Lee Yoon-ki confirme ici, avec son 4ème film, qu'il est bien le réalisateur le plus intéressant et doué de Corée. Tout est si parfaitement maîtrisé que l'histoire, à priori basique, se déroule comme une partition. Centré, comme d'habitude, sur des portraits (majoritairement un homme, pour une fois), My dear enemy est un petit bijou intimiste et divertissant qui rappelle au monde qu'en Corée on sait quand même faire autre chose que des boursouflures égocentriques.


The Chaser
Pas vu à Deauville, pour cause de resté à la porte de la salle, The Chaser n'en est pas moins l'antithèse exacte de My dear enemy, c'est-à-dire une boursouflure égocentrique d'un réalisateur se croyant dans le vent. Ce n'est pas pire que les films du même genre sortis les années précédentes, c'est juste tout aussi inutile, gratuit et dispensable. On ne parlera même pas des incohérences.


Love Talk
Le film le plus faible de Lee Yoon-ki. Tourné aux USA sur fond de discours d'intégration et immigration, Love Talk n'en reste pas moins un bon petit film, certes bancal et quelques fois soporifique, mais bien supérieur à la moyenne des drames coréens.


The divine weapon
Les films en costume coréens, c'est généralement un calvaire. Entre des similis wuxia pian ineptes, et des drames pas réjouissants, l'idée même de voir un nouvel essai fait frémir. A raison d'ailleurs. The divine weapon est un échec total. Archétypal, poseur, surdécoupé (mais arrêtez donc avec cette fausse mode), long, lent, guimauve, académique. Et même pas bon dans les rares moments d'action. A oublier vite fait.


Departures
Oscar du meilleur film étranger. A croire que la compétition ne devait pas être rude et les opposants bien mous. Ne vous méprenez pas, le film est bien, touchant juste comme il faut ; un peu calibré peut être voire sûrement. Je m'attendais à mieux. Reste une HIROSUE Ryoko qui vieillit bien et s'affirme d'autant plus, petit rayon de soleil d'un film carré, au message limpide qui s'englue toutefois dans quelques longueurs et facilités.

Heureux, sinon, d'avoir croisé deux éminents blogueurs (Epikt et Pierre de dooliblog), meme si ils se trainaient un boulet de premiere catégorie.

Prochaine étape : Nippon Connection à Frankfurt, en avril.

Publié dans Evenements

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Oli 27/03/2009 06:44

sinon OUF : concernant le boulet, je pensais que tu parlais de l'une des Sisters. Heureusement ce n'est pas le cas !

Oli 27/03/2009 06:43

j'ai beaucoup aimé OKURIBITO moi...après essayer de comprendre s'il méritait l'Oscar ou pas, c'est perdu d'avance parce que remporter un Oscar, ça veut pas dire grand chose quand même (enfin pour moi)j'ai trouvé le film d'une grande finesse, il prend des directions originales et sa fin est amenée toute en douceur. Vraiment superbe.

Hyacinthe Cannibale 20/03/2009 14:09

Salut,
Globalement d’accord sur tes remarques concernant la tristesse de cette édition. Mais quel spectateur un tant soit peu exigeant ne le serait pas ?
Juste une chose concernant ton argument : « 3/je verrai les mêmes films au cinéma d'ici quelques semaines. »
Toi certainement mais c’est loin d’être le cas de la grande majorité des personnes qui fréquentaient les files d’attente (amateurs invétérés de cinémas d’Asie compris). Ca demeure le dernier attrait de ce festival - que je n’ai pourtant nulle envie de défendre en l'état actuel - et c’est là la raison pour laquelle nous y serons aussi probablement à nouveau l’an prochain sauf si l’offre se dégrade encore (est-ce possible ?).
Au-delà des déceptions et des (rares) bonnes surprises, je préfèrerai toujours juger des Coq de combat, The Moss ou autres Divine Weapon en salle plutôt que de les consulter en DVD. Oui hein ? faut être pervers ou en manque.
Quant à The Chaser, qui lui connaît une sortie nationale, son passage dans certaines villes n’est rien moins qu’hypothétique…

Pierre 17/03/2009 13:02

Raah.. le boulet stalker qui me repère dans une salle de 2000 places alors qu'on se connait même pas...Sinon tu n'as pas vu "All around us" ? C'est vraiment mon gros coup de coeur du festival (sans compter "My Dear Enemy" que j'avais déjà vu).Et tu veux pas nous faire un screener du Sono Sion à Frankfurt ? :)

Guillaume 17/03/2009 13:32



J'étais un peu trop éteint le dimanche pour durer jusqu'a la scéance de All around us à 20h00. De toutes façons j'ai le dvd qui arrive sous peu, et le film passe à Frankfurt (et si je n'aurai
probablement pas de screener du Sion, il y a de fortes chances pour que j'en parle ici meme)



slimdods 17/03/2009 09:42

et bah, ça me fait flipper de voir à quel point le festival t'a énervé (moi qui pensait que c'était le paradis de tous les fans du genre). m'enfin, j'espère être présent l'année prochaine pour des films qui en valent la peine et aussi pour une bouffe!PS : c'est bien le nippon connection ? les films sont en vosta au moins ? car j'a vu que la programmation à l'air pas mal (Nightmare Detective 2 par exemple ^^)! PS 2 : c'était qui le boulet ? ^^ 

Guillaume 17/03/2009 11:18


Enervé... par le fait de rester à la porte, oui. Déçu aussi, par une qualité de programmation assez navrante (et anti mainstream au possible). J'ai quand meme vu quelques films sympas (quelques =
peu)
Quant au Nippon Connection, premiere fois que j'y mettrai les pieds. Mais ça a une excellente réputation et la programmation est à premiere vue excellente.
Sinon le boulet.... c'est un boulet. J'ai pas retenu le nom. Mais il a tapé l'incruste sous pretexte qu'il lit régulierement le blog de Pierre. M'enfin, c'est pas moi qui l'ai le plus subi.