Violence virale

Publié le par Guillaume

BREATHLESS

Sans aucun lien avec le film signé Godard, cet A bout de souffle coréen est une incontrôlable plongée dans la spirale de la violence ; jusqu'au dernier souffle du personnage principal ; jusqu'à ce que le souffle du spectateur soit retenu ou coupé. Violent et éreintant, voilà ce qu'est Breathless. Un film qui ne peut laisser de marbre tant le mécanisme de violence montré est frontal, et jusqu'au boutiste.


Sang-hoon travaille pour son meilleur ami dans une petite entreprise de recouvrement de dettes. Il passe ses journées à frapper les mauvais payeurs, avec une violence crue et une rage irrépressible. Un jour il crache presque hasard sur une jeune lycéenne, qui ose lui tenir tête. Il la frappe. Petit à petit une relation va se créer entre ces deux êtres paumés.


Yang Ik-june signe ici une première réalisation à fort potentiel, sans aucune concession. Son approche frontale de la violence est un choc rappelant un peu celui provoqué par la découverte d'un certain Violent Cop de KITANO Takeshi voilà des années. Il y a une rage presque viscérale qui émane de ce portrait d'un homme brisé et bestial qui n'arrive pas à s'arrêter d'être ce qu'il est ; un homme rongé qui a autant besoin de sa haine pour survivre qu'il a besoin de la voir partir à tout jamais pour simplement vivre. Tout le film se décompose alors autour de cette ambivalence, entre moments de pures violences moralement inacceptables et echappées calmes pendant lesquelles il se socialise, redevient humain plutôt qu'animal. Une chose est sure, Yang Ik-june porte à merveille ce monstre touchant, et n'a aucune peur de choquer, déplaire.... apporter un débat sur la violence et ses répercussions. Car si Sang-hoon est une particule atomique, il est surtout un virus contaminateur engendrant la violence, cultivant la violence et répandant la violence. Sans concession aucune, le fond du film ape autant qu'il révulse mais se perd malheureusement dans sa dernière partie. Malgré les pauses régulières, touchantes de justesse et douceur retenues (il n'y a pas cet insupportable gimmick de grandiloquente démonstration sentimentale propre au cinéma coréen) laissant parler l'envie de rédemption de Sang-hoon, au contact de son neveu ou de la jeune lycéenne, la spirale de violence devient moins fascinante dans sa répétitivité. Il faut alors cette contamination, pour que Breathless regagne de l'intérêt dans une dernière ligne droite nihiliste, qui arrive sûrement un peu trop tard pour que ce qui aurait pu être un film magistral et tendu ne se transforme en un bon film un rien redondant, lassant voire auto parodique; sentiment renforcé par des tics de réalisation pas totalement maitrisée.

Alors certes Breathless a cette fâcheuse tendance à abuser exagérément de l'argument violence (cliché inhérent au cinéma coréen), mais le refus de Yang Ik-june de céder à tout manichéisme scénaristique et moral apporte une sorte de fraîcheur, si l'on peut dire, à une thématique déjà maintes fois traitée et ressemblant maintenant à un mauvais gimmick d'une cinématographie locale. Dommage, vraiment, que le film s'étire autant, quitte à verser dans le ridicule pesant, tant la première partie, l'écriture et l'interprétation sont des exemples de ce qu'on aimerait voir régulièrement sur grand écran.
Un réalisateur (et un scénariste) à suivre de près.


Breathless (Ddongpari)
2008
Un film de Yang ik-june
Avec : Yang Ik-june, Kim Kkobbi

Publié dans Hors Japon

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Epikt 17/03/2009 20:32

Moué, c'est scandaleux cette consession que tu fais à tes principes.Bien aimé aussi ce Breathless. En fait, sauf lors des deux flashbacks qui sont à mon sens inutiles, j'ai constament jubilé durant la première heure. C'est tout con, mais j'y ai retrouvé l'énergie bordélique qui fut celle du cinéma coréen des années 90, à l'époque où la pénincules ne produisait que des "films de clochard". Et de temps à autres des petites touches plus sensibles et plutôt justes qui émergent de ce grand bazar.A suivre donc, j'ai hâte de jeter un oeil à la suite (c'est encourageant d'ailleurs, dans le marathon films coréens que je me suis fait avant de partir à Deauville j'y ai trouvé une poignée de nouveaux réalisateurs ayant fait un premier film prometteur, voire même bon, en 2007 ou 2008, ce qui redonne un peu espoir).Mais pour en revenir à Breathless, la fin est quand même super moisie. Dommage.

Guillaume 17/03/2009 15:28

oh mon dieu, un film pas japonais; coréen qui plus est !!!!!