La marque de la tueuse

Publié le par Guillaume

postoloperaPistol Opera

Parler de classicisme de réalisation au sujet de SUZUKI Seijun est certes une hérésie. Tout comme parler de conceptualité de réalisation. Du moins sur l’ensemble de la carrière du vétéran. Parce qu’épisodiquement, SUZUKI a fait plus qu’exploser les codes. Il a trituré la matiere, malaxé la grammaire et accouché de films indéfinissables. Pour le pire, avec son récent Tanuki Goten (meme si j’ai une envie irrésistible de défendre ce film). Pour le meilleur, en 1967, avec La marque du tueur (koroshi no rakuin). Pistol Opera se situe à la lisière des deux, puisant la force de l’un, préfigurant la forme de l’autre. Et là se pose un probleme de taille : parler du film….

Stray Cat est une tueuse de la Guilde des Assassins, classée numéro 3. Elle se voit confier un contrat pour éliminer le tueur numéro 1, l’insaisissable Hundred Eyes. Mais il semble surtout qu’à partir de ce moment, elle se retrouve au milieu d’un grand tournoi entre les tueurs de la Guilde pour devenir le numéro 1.

Evacuons de suite la plus anecdotique des informations : Pistol Opera peut se voir comme une suite à La Marque du Tueur, de part la présence du personnage précédemment interprété par SHISHIDO Jo ; maintenant vieux et jouissant d’un titre honorifique. Mais finalement, suite ou pas, relecture ou non, Pistol Opera s’il peut etre – et il l’est forcément – mis en corrélation avec Koroshi no rakuin doit l’etre par et pour l’immense anticonformisme dont fait montre SUZUKI Seijun. Quoique le mot ne soit pas juste. Car si Korosho no rakuin était anticonformiste, on peut se dire que Pistol Opera n’avait pas de regles à respecter ; préalablement. Malgré tout, les deux films, thématiquement si proches, réussissent chacun dans leur genre à triturer les méninges du spectateur maintenant trop habitué à de sacro saints schémas narratifs et de mise en scene. C’est un peu comme passer dans une galerie de peinture dite classique et tomber à la fin sur une œuvre de cubisme. Le film déjoue toute tentative de description conventionnelle, mixant les approches visuelles, mystifiant les sens auditifs et visuels. Pistol Opera est un festival d’audaces formelles qui tiennent tout autant d’un bilan carrière de SUZUKI que d’essais de mise en scene d’un cinéaste qui, meme apres plus de 40 années de carrière, cherche à renouveler. Ou simplement essayer des idées nouvelles. Car souvent dans Pistol Opera on se rend compte que SUZUKI tatonne, avec quelques résultats assez désastreux. Il y a des surcharges visuelles et sonores, des détails de mauvais gout, des séquences soporifiques. Mais le film n’arrive pas à couler et certains défauts deviennent meme des qualités. Demandez à n’importe qui de parler de Pistol Opera, il vous dira que le film est coloré. A juste titre le travail chromatique, la photo et la lumière sont ahurissants d’audace et de précision, et ce jusqu’à la surcharge. Les explosions de couleurs sont fréquentes, les ombres jouent les scenes…. Pistol Opera oscille chromatiquement entre le délire pop art, le kabuki, le réaliste et tant d’autres, à foison, le tout dans un ton second degré dont on se demande où est la part de cynisme et la part d’amusement du réalisateur. L’histoire en elle-même n’est pas importante, ce qui compte essentiellement c’est le ressenti du spectateur. Ressenti avec lequel SUZUKI joue minute apres minute. Passant d’une intro en ombre chinoise à une fin théatrico-baroque aux relents d’EDOGAWA Rampo, via une poursuite tres Nikkatsu Action, le vieux roublard s’amuse aussi à rompre les sons, les décaler, rendre les actions hors champs. C’est finalement tout aussi plaisant, que destabilisant et fatiguant. Les amateurs de curiosité seront ravis, d’autant qu’au final Pistol Opera se revele etre un bon film se dégageant promptement de la masse de la production japonaise de 2001.

Peut etre pas un SUZUKI Seijun majeur, mais surement son meilleur film depuis qu’il a été jetté de la Nikkatsu voilà plus de 30 ans. Avec en sus, une actrice magnifiquement splendide.


Pistol Opera (ピストルオペラ)

2001

Un film de SUZUKI Seijun (鈴木清順)

Avec : ESUMI Makiko (江角 マキコ), YAMAGUCHI Sayako (山口小夜子), KAN Hanae (韓英恵), HIRA Mikijiro (平幹二朗), KIKI Kirin (樹木希林), TANAKA Yoji (田中要次)

 

Publié dans Cinéma Japonais

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Oli 22/01/2010 07:40


argh t'as aimé Esumi Makiko ?? Je l'ai trouvée fade au possible, et elle me répugne encore plus aujourd'hui, elle qui se pavane à la TV japonaise dans des show TV hautains et puants, plusieurs fois
par semaine...re-argh

concernant le film, je trouve que trop c'est trop...y'a clairement des trucs à en retirer, mais bon, pour moi l'ensemble est quand même à la limite du digeste...


Guillaume 22/01/2010 09:17


Oui, je l'ai trouvée vraiment belle dans le film. J'avoue qu'à part ce dernier, je ne connais rien d'elle. Mais je veux bien te croire sur ce qu'elle est devenue (déjà parce que tu es sur place, et
surtout tu as le courage immense de regarder des shows jap)
Apres sur le film en lui meme, j'ai écrit l'article alors que la derniere fois que je l'ai vu remonte à facile 4 ans (j'ecris moins facilement sur un film que je viens de voir), et forcément j'ai
du hypertrophié les bons cotés. Reste que j'ai indubitablement pris du plaisir devant Pistol Opera et que j'en ai des bons souvenirs. A contrario je me suis fait chier comme un rat mort devant
Tanuki Goten, mais j'en ai quand meme des bons souvenirs.....