Deauville 2008 - An 10

Publié le par Boutigny Guillaume

deauville-202008.jpgFestival du Film Asiatique de Deauville 2008

10 ans, et donc plus de 30 jours passés à Deauville à s'user les yeux sur des peloches asiatiques, plus ou moins enthousiasmantes. Un mois de ma vie à plus ou moins dormir d'ennui (The Restless), ou trembler de plaisir (Swallowtail Butterfly). Mais trève de nostalgie en cette année 2008, pour le 10ème anniversaire du Festival du film asiatique de Deauville, place à la programmation.

Et sur ce point, il faut avouer que le festival déçoit autant qu'il suscite l'interet. En effet les différents hommages rendus cette année laissaient entrevoir de belles retrospectives, mais il n'en est rien. A part bien sur quelques films rares en nos contrées de Im Kwon-Taek, les rétro consacrées à YAKUCHO Koji et HISAISHI Joe sont plutot décevantes. Pas d'inédits, pas les plus grands succès de ces deux personnalités de premier ordre; juste une facilité à présenter des oeuvres diffusées et éditées en France. Alors non, n'allez pas croire que je crache sur une projection grand écran de l'Anguille, Sonatine, Porco Rosso ou Hana-Bi, mais où sont donc Shall We Dance?, Tampopo entre autres films que l'on aurait été en droit d'attendre ?

Ne soyons cependant pas trop dur ou betement élitiste. Cette 10ème édition réserve à premiere vue quelques belles rencontres cinématographiques que cela soit sur le choix des films en eux memes ou sur le plan des invités.

L'article sera je l'espere régulierement mis à jour au fur et à mesure des jours du Festival, avec des avis à chaud sur les films vus.

Funuke show some love, you losers ! (Japon - 2007)
Petite pépite typiquement japonaise, que cela soit dans le traitement d'equilibriste entre humour, croquis familial, approche mangaesque des situations et surtout dans le ton finalement tres malsain, presque grotesque (pour ne pas parler d'eroguro ca manque d'ero). Par moment le film nage delicieusement dans un style Umezu des grands jours pour ensuite retomber dans le guignol de situation. Les ruptures de ton sont brutales, les acteurs cabotinent pas mal, c'est peut etre un poil longuet, mais c'est du tout bon quand meme.

Slingshot (Philippines - 2007)
Immersion totale par caméra à l'épaule dans le quotidien de jeunes des bidonvilles. Ca sent la sueur, le sperme, le sang séché. Ca sent le vrai et l'approche documentaire de la fiction met mal à l'aise dans certaines scenes que l'on sait réelles et foutrement sordides (le bébé qui rampe dans sa merde et s'en nourrit). Ca fait mal parce qu'on rentre dans non pas dans l'histoire, il n'y en a pas, mais dans le cadre de l'action. Ferocement politique, pessimiste, Slingshot est un upercut en pleine gueule. On en ressort KO.

Beautiful (Corée du Sud - 2008)
Scenario signé Kim Ki Duk et réalisation signée par son ancien assistant réalisateur. Résultat ca a l'odeur d'un KKD, ca en a meme la forme. Mais il manque le petit éclair de génie qui ferait de cette histoire, lourde de sens, un film accrocheur. La profondeur du sujet est bouchée par la platitude de la mise en scene et le jeu de l'acteur principal. Dommage. Reste une superbe actrice, et un descente aux enfers psychologique qui aurait gagnée à etre traitrée plus crument.

Coq de combat (Hong Kong - 2007)
Le nouveau Soi Cheung. Autant dire qu'il était attendu au tournant apres deux tres bons films. Et difficile de dire si l'attente a placé la barre trop haut, mais Shamp décoit. On y retrouve pourtant des combats apres et radicaux, un personnage qui a perdu son humanité pour survivre comme animal, mais ca ne prend pas. Le manga d'origine possédait ses memes ingrédients, mais prenait soin de se placer dans un cadre réaliste. Ici Soi Cheung theatralise chaque décor, chaque situation. Ce qui était à la base un manga réaliste en devient paradoxalement manga lors de son passage à l'écran. Shamo n'est cependant pas un mauvais film. Mais il est hésitant. Heureusement ca castagne sévère et sechement.

The red awn
(Chine - 2007)
Toujours délicat de parler de ce genre de film. The red awn est clairement un film de festival. C'est beau, c'est millimétré. Mais c'est mille fois vu ailleurs. Il n'y a aucune empathie qui se crée pour les personnages et l'histoire ennuie ferme.

Useless (Chine - 2007)
Là aussi difficile de se faire un avis. Jia Zheng-ke remodele le principe du documentaire en le fictionnalisant par le montage. Il raconte là où le documentaire devrait s'exprimer. La forme est interressante, le sujet aussi. Mais ca parait un brin long, et quelque fois futile.

Le soleil se leve aussi (Chine - 2007)
Jiang Wen est de retour derriere la caméra. Disparus le discours politique qui lui avait valu tant de problemes avec son précédent métrage, Jiang Wen fleurte ici avec Kustorica et Lynch dans un joyeux bordel débordant d'energie et de trouvailles géniales. Canalisant le tout en un film solide, drole, émouvant, entrainant, caustique et toujours audacieux, Le soleil se leve aussi est un preuve que de temps à autre la Chine a quelque chose de non consensuel à apporter au cinéma mondial. Peut etre moins définitif que Les Démons à ma porte, le nouveau Jiang Wen est une réussite majeure pour celui qui peut se targuer d'etre à ce jour le plus interessant et moins volubile des cinéastes chinois.

Exodus (Hong Kong - 2007)
Une fois de plus Pang Ho Cheung nous emmene là où on ne s'attend pas à aller. Exodus surprend par son calme, sa langueur, son cadre moderne, froid et desincarné. Et par son sujet aussi; un complot de femmes visant à éliminer les hommes. Idée improbable qui prend ici une vraie consistance. Dommage cependant que le film soit un peu trop étiré. Exodus n'est pas le meilleur Pang Ho CHeung, mais c'est au moins la plus formidable scene d'intro de ces dernieres années.

Wonderful town (Thailande - 2007)
Dans une ville cotiere, où les personnages semblent assomés par la chaleur de l'été, la tenanciere d'un hotel tombe amoureuse d'un touriste venu travailler quelques semaines sur un chantier. Le spectateur lui aussi est assomé par le rythme lent, l'absence d'enjeux, les plans à rallonge, les moments de méditation visuelle sur un mur ou des vagues. Il y a bien quelques sursauts car ce touriste semble déchainer la haine d'une bande de jeunes délinquants, mais Wonderful Town ennuit quand meme. Il faut cependant noter quelques éclairs de discours sur le tsunami, la reconstruction morale et immobiliere. Mais ca fait peu.

Kabei, our mother (Japon - 2008)
Yoji Yamada est un réalisateur constant. 80 films à son compteur et l'homme n'a pas changé, avec les années, sa maniere d'aborder le cinéma. Yoji Yamada filme donc avec classicisme. Et cela fonctionne, prouvant qu'une bonne histoire n'a pas besoin d'egocentrisme formel pour s'envoler et toucher en plein coeur. Kabei est un magnifique portrait de femme(s), une reconstitution du Japon du milieu de la guerre, un brulot politique et intellectuel; le tout teinté de comédie comme d'habitude chez Yamada. On en ressort boulversé par tant de sincérité et justesse emotionnelle, la larme à l'oeil.

Ploy (Thailande - 2007)
Pen-ek Ratanaruang revient sans Doyle, et avec beaucoup moins de pretention auteurisante que sur son opus précédent. Ploy est un petit retour en arriere, un film simple qui fait du bien. On espere quand meme retrouver un grand Pen-ek Ratanaruang un jour....

Shadows in the palace (Corée du Sud - 2007)
Ca commencait pourtant bien. Une caméra plonge sur une magnifique maquette du lieu clos où va se tenir l'histoire : un palais impérial. Et puis apres tout s'emballe. Meurtres déguisés en suicide, méchante reine mère qui ne veut pas reconnaitre son petit fils, héroine digne des Experts, gamine qui fume de l'herbe, aiguilles plantés sous les ongles et tortures diverses. Malheureusement le film se perd alors que les enjeux scenaristiques sont trouvés par le spectateur avant la premiere heure. Et ce qui semblait etre une enquete, classique mais sympathique, tombe dans le grand guignolesque avec l'arrivée du surnaturel. Une belle photographie, des scenes de tortures divertissantes, mais surtout un grand vide.

Crowns zero (Japon - 2007)
Opapatika (Thailande - 2007)

Pour l'instant pas de grosses attentes de ma part, à part pour Useless, Coq de Combat, Kabei et Slingshot. Et bien sur un peu de curiosité concerant Opapatika et Beautiful (l'article chez l'ami Pierre de Dooliblog m'a donné envie)

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