Are you good at twilighting ?

Publié le par Guillaume

MEGANE

Soleil tropical. Fraicheur crépusculaire. Plage paradisiaque. Glace pillée. Gym au petit matin. Des choses simples. Des choses répétitives. Et au final un film relaxant, apaisant et d'une calme virtuosité. Megane est tout cela, sans en promettre plus qu'un voyage depaysant dans une douceur de vivre langoureuse. Cela fait un bien fou de ne pas subir de fausse esbrouffe visuelle et de twist improbable. C’est reposant.

Taeko arrive sur une ile des archipels d’Okinawa, et se rend à l’hotel où elle a réservé une chambre. Le propriétaire est étonné de la voir arriver car elle est la premiere en plusieurs années à trouver l’hotel grace au plan fourni. Elle s’installe et est surprise par la nonchalence de vie des gens qu’elle croise. Arrive alors une étrange grand mere, et un cycle semble commencer, organisé autour de gym sur la plage au petit matin et glace pillée.

OGIGAMI Naoko fait partie de ces rares réalisatrices japonaises à jouir d’une certaine notoriété grace au succès, critique du moins, de ses deux principaux longs métrages précédents, Yoshino’s Barber shop et Kamone Shokudo. Et au regard de ses deux films, on peut aisément déceler une nette progression de la réalisatrice dans le traitement de son theme fétiche, l’isolation. Mais pas celle qui conduit au malheur. Celle qui se rapproche le plus d’une certaine vision d’un paradis de paix et de calme. De village montagnard où se situait la boutique du barbier aux plages paradisiaques de Megane, OGIGAMI améliore sa formule et sa conception du paradis terrestre. Et de réalisatrice terrienne, dans ses premiers balbutiements, elle devient meme réalisatrice aérienne pour illustrer le plus parfaitement possible l’océan de calme immuable du paradis zen réincarné sur cette plage d’Okinawa. Les choses sont simples là bas. Il ne se passe rien si ce n’est la répétition. Celle du temps, des activités. On danse sur la plage, on mange, on farniente. Rien ne vient déranger ce cycle parfait puisqu’il procure un bonheur élémentaire empli de sereinité. Le « on a tous besoin de faire une pause » sorti de la bouche d’un des personnages exprime parfaitement l’utilité de ce lieu où la vie se fait minimaliste pour revenir à une sorte d’essentiel, le bien etre intérieur. Alors evidemment il ne faut pas attendre autre chose de Megane que ce qu’il propose dès le départ. Les allergiques aux films atmosphériques devraient fuir rapidement devant cette histoire au non-rythme qui se propose de faire ressentir plutot que raconter. C’est alors une bonne idée que d’avoir pris pour personnage principal une citadine à laquelle le spectateur peut s’identifier, se raccrocher, pour plonger progressivement dans la volupté et la philosophie de cet endroit coupé du monde. Dans une progression non dénuée d’humour (la peche, l’hotel communautaire), la citadine stressée va se laisser tomber dans la décontraction malgré ses craintes de se laisser aller ainsi. Tout d’abord incapable de crépusculer ; néologisme employé dans le film et applicable au fait de se laisser glisser sur l’ambiance du lieu ; elle va faire tomber ses défenses. Tout comme le spectateur face à la viscéralité du film. La poésie et le depaysement proposés par Megane créent une sorte de bulle, une suspension d’anxiété sous forme d’une fine bouffée d’oxygène et de simplicité purs. Il n’y a pas de grandes choses, juste des principes de vie (qu’on y adhere ou pas) enseignés sans contraintes. OGIGAMI Naoko a bien, finalement, donné une vision d’un éventuel paradis terrestre ; ce qui peut aussi faire la faiblesse du film car il ne raconte finalement rien.
Sur un plan plus terre à terre, il serait criminel de passer sous silence le casting assez sensationnel de Megane, faisant pour beaucoup dans la réussite du film. C’est un plaisir que de retrouver le monstre sacré MITSUISHI, le trop sous estimé KASE Ryo, la magnifique ICHIKAWA Mikako (la sœur de l’autre) ; et la joie de revoir les deux actrices fétiches de la réalisatrice, KOBAYASHI et MOTAI. Un bonheur de casting, de trognes loin des endives habituelles, et de talents réunis.

Megane devrait etre proscrit contre le stress. Le film a cette inqualifiable qualité de distribuer de la sereinité, du repos ; Ainsi que de donner une leçon simple de bonheur et de qualité de vie. Ca donne envie de partir, tout de suite et maintenant, manger de la glace pillée et regarder le temps passer sans s’en inquieter.


Megane (めがね)
2007
Un film de OGIGAMI Naoko (荻上直子)
Avec : KOBAYASHI Satomi (小林聡美), ICHIKAWA Mikako (市川実日子), KASE Ryo (加瀬亮), MITSUISHI Ken (光石硏), MOTAI Masako (もたいまさこ)

Publié dans Cinéma Japonais

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Epikt 29/09/2009 12:23


Héhé Slim, il t'a décidément bien marqué ce film !
C'est en effet assez surprenant ce film bâti sur à peu près rien mais sachant rendre la richesse de ce "rien".


Slimdods 28/09/2009 11:13


Oh, ce film est un petit bijou de calme et de douceur ... cool que tu en parles. L'expérience est des plus enrichissantes et ça fait un bien fou ... on ressort de MEGANE peace and love,
on est heureux sans trop savoir pourquoi. Magique ce film. Vraiment.