My Way

Publié le par Boutigny Guillaume

My Way
 
Once upon a time, when the yen was the most powerful force in the world, the city overflowed with immigrants, like a gold rush boom town
 
Quoi de plus en phase avec la triste actualité récente japonaise que d’évoquer le délicat sujet des non japonais au Japon. La loi sur le fichage systématique par biométrie de tous les non japonais à peine ceux-ci posent leurs pieds sur le sol de l’aéroport est entrée en vigueur, sous la pression sécuritaire de la soit disante plus grande démocratie mondiale (*). Leurs yeux ébahis, fichés pour l’éternité via une photo souvenir à l’attention des services gouvernementaux, au cas où par malchance un ou plusieurs non japonais auraient par mégarde oublié de mentionner sur le formulaire à remplir dans l’avion qu’ils venaient au pays du soleil levant pour terrorisme, ou pire tenter de soulever une contestation générale sur des sujets qui fâchent, et donc dont on ne parle pas ; puisque le trop plein de sentiments se doit d’être intérioriser pour le bien de tous.
 
The immigrants called the city Yentown. But the Japanese hated that name. So they referred to those yen thieves as Yentowns. It’s a bit puzzling, but “Yentown” meant both the city and the outcasts
 
En voilà un de sujet qui fâche : l’immigration. Les non japonais. Infime minorité au sein d’un pays qui vit en autarcie humaine et génétique, le non japonais l’est véritablement pour la vie, sauvé des eaux par la suprématie de sa carte de résident pour toutes ses démarches. Voilà d’ailleurs ce qui le diffère de l’autre invisible, le sans nom qui même aujourd’hui ne sera pas fiché au listing des supposés dangers. Invisibles aux yeux du monde, oubliés jusqu’à l’occultation sociologique, les clandestins du monde réel sont les Yentowns de Shunji Iwai. Conduits ici par le rêve d’une vie meilleure, le moteur de tout déraciné volontaire, ils se sont posés là, à la limite de leur ancienne vie et de leurs espoirs, trop loin de chez eux pour y retourner, mais aussi trop loin du Japon fantasmé dont ils ne touchent la réalité que du bout des doigts sans jamais l’empoigner.
 
This is the story of Yentowns in Yentown
 
C’est à la frontière de ces deux vies que les Yentowns survivent, avec pour horizon les tours lointaines, image fantomatique du Japon moderne, destination (des)espérée mais pas interdite à force de volonté. Et sur l’autel des espoirs, la concrétisation des rêves de vie meilleure se matérialise en Yens. Devise que le destin va mettre à disposition des héros dépossédés de Shunji Iwai, au détour d’une cassette trouvée dans le corps d’un yakuza propulsé punching ball le temps d’une tentative de viol empreinte de supériorité « ethnique ». Toi Yentown. Si je paie, tu obéis. Esclave de l’argent, déshumanisé aux yeux des japonais, les Yentowns de Shunji Iwai vont pourtant être constamment hypnotisés par ce Yen. Et tout comme le moustique devant une lampe trop lumineuse………comprendre que ce n’est peut être pas là le plus important, trop tardivement pour regretter. Mais est ce là l’important quand jadis privé de tout on ne désire que vivre pleinement, dans la lumière, ne serait ce qu’un délicieux instant où le plaisir de vivre naît du total abandon ?
 
I’ve lived a life that’s full / I’ve travelled each and every highway / And more, much more than this / I did it my way
Regret, I’ve had a few / But then again, too few to mention / I did what I had to do / And saw it trough without exemption
 
Tel un résumé poétique, My Way contient l’essence même du parcours des Yentowns de Shunji Iwai, à en devenir l’hymne. Avancer pleinement. Ne rien regretter. Chanté à la face du Japon dans un club devenu à la mode, donc japonais, avec une conviction confondante de vérité par Glico (délicieuse Chara), la sucrerie à lécher des enfants (re)devenue objet des attentions des adultes, My Way est la ligne narrative du film de Shunji Iwai, parabolant ses personnages mais donnant aussi l’accroche nécessaire pour faire coexister l’ensemble des protagonistes, du Yentown au Mafieux. My Way, pierre philosophale transformant le plomb en or, ou plutôt l’argent en encore plus d’argent, mais aussi la chenille en papillon, Ageha.
Ce sont donc les histories croisées d’humains en quete d’humanité dans le regard des autres que dévoile Shunji Iwai en une narration tout aussi multiple que risquée. Véritable mélange de genres de musical à drame en passant par yakuza eiga, le destin de ces quelques Yentowns choisis se déroule sous le regard de la véritable héroine, Ageha, une jeune fille sans identité qui s’en construira une quand elle se verra donner un nom. Il y a ce mélange de croyances populaires ancestrales et de modernité gargantuesque dans le discours de Shunji Iwai, créant une distance avec le réel tout en le pointant du doigt avec insistance. En parlant d’un monde qui n’existe officiellement pas, Shunji Iwai concoit une uchronie réaliste que l’on devine cachée derriere le rideau. Les oubliés du systeme sont là, et Shunji Iwai leur donne la parole. Un registre thématique rare au Japon. Du gand cinéma.
 

Swallowtail Butterfly (スワロウテイル)
1996
Un film de IWAI Shunji
Avec : MIKAMI Hiroshi, Chara, ITO Ayumi, EGUCHI Yosuke, Andy HUI Chi-on, WATABE Atsuro, YAMAGUCHI Tomoko, OTSUKA Nene, MOMOI Kaori, DOUGUCHI Yoriko, CURTIS Mickey, WATANABE Tetsu, ASANO Tadanobu, FUJII Kahori, KOHASHI Kenji, MITSUISHI Ken, SAKAI Toshiya, SHIOMI Sansei, YAMAZAKI Hajime, TAGUCHI Tomorowo, Rolly, MINAMI Kae, SUZUKI Keiichi
 
 

Publié dans Cinéma Japonais

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kawaii_saseko :0104: 19/01/2008 18:59

je découvre deux blogs sur le cinéma asiatique la même semaine, je suis aux anges ^^en plus tes articles sont bien longs, yipiiii ^^hop dans mes favorissinon j'ai mis un com dans un tout vieux billet sur kana aussi ^^

Epikt 24/11/2007 01:09

Que rajouter de plus ? si ce n’est qu’un "r" tire au flan atténue fortement l’impact de la dernière phrase. Phrase qui pourtant résume parfaitement ce film (qui a en effet d’étranges résonances avec la situation actuelle), et le travail de Iwai dans son ensemble.(ah si, que la BO est un bonheur)