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Publié le par Boutigny Guillaume

UA
 
Loin des lumières aveuglantes du système, à la périphérie du petit monde flamboyant du star system japonais, il est quelques rares artistes qui cultivent une indépendance créatrice et un succès ne se limitant pas à celui d’estime. UA est de ceux là. Ceux qui représentent, sans le chercher, la vivacité et l’éclectisme musicale de la vraie scène japonaise, c'est-à-dire celle qui n’est pas Koda Kumi et consorts putassières.
Celle qui est née SHIMA Kaori (嶋歌織) un beau jour de Mars 1972, débarque sans crier gare en 1995 sous le nom de scène de UA, mot de swahili signifiant Fleur mais aussi Tuer. Et vulgairement parlant cette jeune fleur tue effectivement tout. Un peu à la manière de Shiina Ringo, UA brouille naturellement tout tentative de clivage et d’étiquetage ne s’imposant aucun style, ne se dictant aucune conduite préétablie et se laissant guider par ses envies et découvertes. Tout d’abord nettement influencée par le Shibuya kei, un style musical mélangeant jazz, pop et électro (et originaire, étonnamment, de Shibuya, Tokyo), UA va vers la fin des années 90 se laisser porter par ses rencontres. Tout d’abord celle avec ASAI Kenichi, leader du cultissime groupe Blankey Jet City, le temps de deux chansons en 1999. Une collaboration musicale si fusionnelle qu’elle donna envie aux deux artistes de collaborer ensemble dans un même groupe nommé AJICO. Explorant de nouvelles sonorités rock amer, UA expérimente avec un plaisir évident. C’est sûrement ce qui la décidera à se lancer plus avant dans des collaborations courtes mais flamboyantes aux tonalités variées : électro (elle rencontra même Bjork), chanson traditionnelle dans des spectacles d’avant-garde inspirés du théâtre No… A chaque rencontre, humaine ou musicale, UA s’abreuve de nouveaux sons, creuse de nouvelles pistes qui se ressentent immédiatement sur ses albums suivants. Du tres Shibuya Kei-like Petit de 1995, on passe à l’expérimental Dorobou de 2002, avant de bifurquer vers le jazz dans Sun en 2004. C’est peut être finalement le jazz que marque mieux le style de UA. Pas le jazz classique bien entendu ; mais un jazz matiné d’électro et de rythmes tribaux, dont UA ne cesse de remodeler les contours depuis quelques temps. Curieuse, aventureuse, UA surprend à chaque nouvel opus, sans cesser de nous enchanter. Car au-delà de l’instrumentalisation versatile dont elle fait preuve, UA est aussi et surtout une grande voix chaude et rassurante, suave. Une tessiture vocale étonnante pour une japonaise de par sa profondeur colorée, qui finit de placer UA comme une artiste à part. Une de celle dont on aime à écouter les chansons car on en trouve toujours une pour se fondre avec son humeur du jour.
 
Les fans de cinéma japonais ne manqueront pas de relever que UA fut l’actrice principale de La femme d’eau (Mizu no onna, de SUGIMORI Hidenori, 2002), pour un role tout en sensualité face à Asano Tadanobu (elle participa à la BO, et travailla en collaboration avec Yoko Kano). On la retrouve en 2007 dans un second role de Dai-Nipponji, une comédie japonaise atypique.
Les amateurs de potin, quant à eux, trouveront indispensable de rappeler que UA fut la femme du comédien MURUKAMI Jun pendant 10 ans.
Les amoureux de musique, eux, se foutront un peu de tout cela. Ils écouteront UA, tout simplement, et porteront la bonne parole, humblement.
 

Discographie sélective (albums)
1995 – Petit
1996 – 11
1997 – Fine weathers make fine birds (live)
1998 – Ametora
1999 – Turbo
2001 – Fukamidori (sous le nom de Ajico)
2001 – Ajico Show (live de Ajico)
2002 – Dorobou
2003 – Sora no koya (live)
2003 – Illuminate (best of)
2004 – Uta UUA UUA (chansons pour enfants)
2004 – Sun
2004 – Breathe
2005 – Ia (live)
2005 – Nephews (album collaboratif)
2006 – Cure jazz (cover song de standards jazz)
2007 – Golden Green
 

Publié dans Asian Sound

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