Mon heroine a un slip sur la tete

Publié le par Boutigny Guillaume

Go Nagai : Live action movies et érotisme
 
Surtout connu pour être le créateur de UFO Robot Grendizer, aka Goldorak dans nos contrées, Go Nagai (永井豪) est au Japon une figure incontournable tout autant qu’inclassable du paysage manga.
 
Né en 1945, Go Nagai débute dans le métier à 20 ans avec son manga Black Lion (Kuro no shishi, 黒の獅士), dessiné pendant une longue convalescence. Mais c’est surtout sa série Harenchi Gakuen (aka Shameless School, ハレンチ学園) qui le fait connaitre et pose les bases des thématiques majeures à venir de l’artiste. En mêlant érotisme cru, humour potache lourdingue, violence explicite et nihilisme final, Go Nagai explose tous les tabous et accouche d’un manga très controversé, aujourd’hui cultissime. Car il ne faut pas se fier à ce que l’on connait de l’auteur en France, via quelques anime, pour se faire un avis définitif. Certes Goldorak est une référence. Certes Cherry Miel a provoqué quelques sueurs. Certes Mazinger Z (クマジンガーZ) a... non il est passé inaperçu sur M6. Car toutes ces adaptations sont édulcorées au possible. D’ailleurs une spécialité de Go Nagai est de finir cruellement ses manga sans surtout se laisser tenter par un happy end. Ce nihilisme violent atteint des sommets dans des oeuvres noires comme Devilman (デビルマン) ou Violence Jack (ヴァイオレンス ジャック), séries qui laissent planer un malaise en fin de lecture.
 
Mais outre cette tendance à la violence, Go Nagai est aussi un des rois du manga léger, gentiment érotique, sulfreusement pervers, et complètement crétin. Ne tombant jamais dans le simple érotisme mollasson et répétitif à la Katsura (plans fan service par dizaine), Go Nagai détourne les codes établis de certains genre de manga en leur donnant un coté fripon, décalé et souvent fétichiste. C’est ainsi qu’au travers de quelques mangas phares, Go Nagai revisite les magical girls ou les comédies scolaires sentimentales. Et le cinéma nippon ne s’est pas privé de porter sur écran, ou directement sur le marché de la vidéo, quelques œuvres du Maître.
 
Figure phare de sa carrière, l’iconique Cutey Honey (ou Cutie Honey, キューティーハニー) a eu les honneurs récents d’une adaptation live tout aussi réjouissante que détestable. Revenons quelques années en arrière dans les 70’s. Non contents d’avoir révolutionné le monde des robots géants, Go Nagai décide de s’attaquer à la magical girl, en mélangeant le genre avec une grosse pincée de fan service érotique et de fétichisme (en effet l’héroïne peut se transformer en n’importe qui, d’où une galerie typiquement cosplay à base de motarde, reine SM, infirmière etc...). Ainsi naît Cutey Honey, parodie épicée de magical girl, icône érotique de toute une génération dont fait partie un certain Hideaki Anno. Créateur de la Gainax et otaku déclaré, ce dernier décide de fêter les 30 ans de la belle héroïne en lui offrant un revival sous forme d’une série d’OAVs et d’un film live. Sur la base d’une même histoire (en fait l’histoire classique de Cutey Honey avec la méchante Sister Jill en ennemie), Hideaki Anno va pourtant donner deux facettes différentes au mythe Cutey Honey. D’un coté, donc, la série d’OAVs est une démonstration technique hallucinante tout autant qu’hallucinée de la part du staff Gainax. Encore plus speed, encore plus beau et encore plus innovant que FLCL, cette nouvelle version de Cutey Honey est un régal pour les yeux et un pur moment de délice animé. De l’autre coté se dresse le film live et un défi de taille : adapter l’inadaptable. Homme de défi, ses deux premiers long métrages (Love & Pop, et Shiki Jitsu) ne cherchant à aucun moment la facilité formelle, Hideaki Anno réussit une partie de son pari avec brio. En effet Cutey Honey live action movie arrive à trouver parfaitement le ton manga/anime en adéquation totale avec le sujet : couleurs vives très pop 70’s, costumes rétros, quasi disparition des décors au profit des personnages, poses combatives très kawai, gros plans déformants sur les visages, mais aussi des codes de langage anime comme les missiles à trajectoire courbe (merci Macross), jambes formant un cercle pendant une course rapide etc... Anno est tout d’abord un réalisateur d’anime, et il prend plaisir à transposer son savoir celluloide sur pellicule. Mais le plus incroyable reste encore le look des ennemis très cosplay, mais totalement fascinant dans leur démesure. Pourtant après une première moitié donnant une définition à l’animation live, Anno fait basculer son film dans un registre qui fait tache. Apres un clip ridicule, l’action s’enlise dans un discours pseudo philosophico moralisateur, qui rappelle beaucoup la rupture de ton de la fin de la série Evangelion. Et comme pour cette dernière, la fin de Cutey Honey est sujet à débat quant à son utilité. Tous les goûts étant dans la nature, et pour respecter la vision d’auteur de Hideaki Anno, le problème majeur de cette version live n’est donc pas tant cette fin que l’aseptisation totale de l’élément majeur et accrocheur du manga de Go Nagai : l’érotisme soft.  Alors, crainte de la censure ou envie de plaire aux masses familiales démago ? Toujours est il que cette version live est bien trop politiquement correcte, un défaut massif qui fait regretter que l’icône Cutey Honey ne soit pas passée entre les mains de réalisateurs de V cinéma comme ceux coupables des adaptations live de la trop méconnue Kekko Kamen (けっこう仮面). Peut être la vision live de la belle Cutey sera-t-elle sauvée par la série toku, Cutey Honey The Live (キューティーハニー The Live), qui sera diffusée en Octobre 2007 pour fêter les 40 ans de carrière du Maître ? Le seul physique de l’actrice, pulmonairement athlétique, et les promesses d’un ton adulte voire même d’érotisme soft (Cutey se dévoilera t’elle ?) laissent toutes fois dans une expectative positive. Espérons aussi que l’ambiance du pensionnat où vit la jeune Honey sera respectée, car s’il est un point commun à quasiment tous les délires coquins de Go Nagai c’est bien l’indispensable école, quelle soit primaire, collège, lycée ou université. Ancrage fort en vue de l’identification du lecteur à l’histoire, ce décor permet aussi de faire dans l’outrage aux bonnes mœurs de façon facile (à condition de comprendre que non ce n’est pas de l’incitation au détournement de mineurs ni de la pédophilie. Mais je parle ici à un public qui a compris tout cela depuis fort longtemps).
 
Le lycée type de Go Nagai est un endroit étrange, où l’espièglerie bon enfant jouxte le fantasme adulte, et où les professeurs sont bien étranges ; et sur bien des points plus enfantins que les héros adolescents. Souvent pensionnats, l’école nagaienne est un terrain exclusif de toutes les excentricités. Quand on sait que c’est sur le terrain scolaire de Harenchi Gakuen que l’auteur s’est forgé une réputation, on comprend mieux l’attachement qu’il peut avoir à ce lieu de vie. D’ailleurs le manga Harenchi Gakuen fut la première série nagaienne à être adaptée en live. Il faut dire que le ton libre et irrévérencieux du manga, dans l’air du temps (flower powa, libération des mœurs), correspondait parfaitement à ce que les Majors japonaises recherchaient à l’époque. Sans trop rentrer dans les détails historiques que tout amateur de ciné japonais connaît par ailleurs, les années 70 virent le média télé prendre l’ascendant sur le média cinéma. En perte de vitesse, et d’argent, les grands studios japonais tentent de survivre en produisant des films légers, peu onéreux, et à bonne dose d’érotisme ou sexe pour attirer le chaland. Constituée de 4 films entre 1970 et 1971 (*), Harenchi Gakuen fait ce qui semble difficile aujourd’hui : retranscrire l’ambiance et le ton d’un manga. Ce ne sont évidemment pas des chefs d’œuvres absolus, mais la tentative est sur bien des points un succès. Tout d’abord le rythme effréné des films correspond assez bien à celui du manga. Cela va vite, trop vite peut être quelque fois si bien que certains enchaînements de scènes sont incompréhensibles. Mais surtout le cabotinage excessif de la totalité du casting force le respect : grimaces, mimiques caricaturales, jeu forcé, voix criardes, tout confine à un ton très manga, où le bon goût relatif des blagues scato épouse le fétichisme de la petite culotte. Car il ne faut pas oublier l’essentiel : Harenchi Gakuen fut en son temps un manga scandaleux, et le film ne se prive donc pas d’allusions plus ou moins fines, et de dizaines de scènes dont la finalité est de déshabiller le cortège d’étudiantes. C’est d’ailleurs le point central de bien des « intrigues » au regard de la perversité affichée des professeurs de ce lycée spécial qui ne cherchent qu’à jouer les voyeurs. Heureusement la moralité est sauve puisque la moindre de leurs tentatives échoue lamentablement. Par contre, et c’est là tout l’intérêt du fond de Harenchi Gakuen, les très kawai lycéennes ont conscience de leur pouvoir sexuel et n’hésitent pas à en jouer par plaisir ou pour justement se défaire du trop collant corps professoral. Rajoutons à cela une galerie iconoclaste du coté des professeurs avec l’homme cromangon (dont le nom est Hire Gojira, aka le Godzilla barbu), le samourai et surtout le cowboy, interprété par un Joe Shishido (錠 宍戸) en totale roue libre dans un numéro de haut voltige inoubliable (et même là, il garde la classe. Trop fort ce Joe). Faisant honneur à son titre, pouvant être traduit par L’Ecole Impudique, Harenchi Gakuen joue sur les tabous. Vu de notre époque, presque 40 ans plus tard, cela peut bien sur sembler léger, mais ces 4 films gardent quand même un coté rétro pop des plus sucré et donc agréable au goût. Et puis Jo Shishido………manque diablement à l’appel dans le revival de 1996. Sorti directement en video, ce Heisei Harenchi Gakuen (平成ハレンチ学園) se déroule des années après l’action de Harenchi Gakuen. Deux hommes se voient confier comme mission de retrouver une jeune fille pour le compte d’un homme très riche. Ils vont pour cela se retrouver professeurs dans le fameux Harenchi Gakuen, et devoir survivre dans cet enfer de femmes, entre les élèves toutes plus jolies les unes que les autres, une étrange directrice et une infirmière pas très catholique. Première réelle différence, le Harenchi Gakuen de 1996 n’est plus mixte. Mais c’est surtout ce qui faisait le sel du manga original qui se perd dans cette version. Exit donc le ton irrévérencieux et la lutte contre le corps professoral. Heisei Harenchi Gakuen n’est qu’un énième film de semi érotisme soft comme en sortent des dizaines au Japon. Bien sur il y a quelque part, au fond, une touche réelle de ton Go Nagai : perversité des professeurs, fan service fétichiste à foison, mais la sauce à du mal à prendre. Malgré le fin tragique du manga (harcelé par les comités de censure et autres organisations de bien pensants, Go Nagai termina Harenchi Gakuen dans un bain de sang), et pour le peu que j’ai compris du film Heisei Harenchi Gakuen semble être un retour aux sources des deux personnages masculins principaux, dans lequel on croisera avec un plaisir non dissimulé une ninja qui ne peut être que Jubei (héroïne du manga. n’oublions pas que sous ses airs de mignonne petite fille, Jubei est bien l’héritiere d’un clan de ninja. Le premier qui voit dans son prénom un hommage à l’image romanesque de l’historique clan Yagyu a gagné un onigiri). Malheureusement, deux ou trois délires mis à part, l’ennui pèse lourdement sur le film. Reste que pour les fans hardcore de Go Nagai, le film est un immanquable auquel on préférera quand même, sur des thèmes similaires, le premier portage à l’écran de Maboroshi Panty (美少女探偵 まぼろしパンティ).
 
Réalisé en 1991, Maboroshi Panty est l’adaptation du manga éponyme de Go Nagai. Variation sur le personnage de Kekko Kamen (dont on reparlera plus bas), Maboroshi Panty peut être considérée comme un des summum dans la littérature coquine made in Go Nagai. Imaginez un pensionnant de jeunes filles (oui, encore !), des professeurs pervers menés par un directeur machiavélique (oui, encore !), des jeunes filles en détresse (oui, encore !) et une super héroïne masquée qui lutte contre toutes les injustices et sévices corporels. Ca sent le déjà vu ? Maintenant imaginez que le masque de l’héroïne soit une petite culotte et que celle-ci se ballade en monokini…. Et oui Maboroshi Panty est une héroïne nue, qui garde un masque pour cacher le peu de pudeur qui lui reste et surtout garder son anonymat. Edité en 1981, le manga se voit donc logiquement adapté en 1991, dans ce qui peut être considéré comme un des meilleurs films de V cinéma nippon jamais réalisé de tous les temps (l’ami Julien Sévéon le place même dans son top des films asiatiques les plus branques qu’il connaît, c’est dire). Alors que réserve donc Maboroshi Panty pour se targuer d’une telle réputation ? Tout simplement un mélange bancal d’idées hétéroclites, de genres et d’humour, mâtiné d’érotisme soft (et son lot de fétichisme habituel). L’action se déroule dans un village pensionnat pour jeunes filles qui a tout d’un décor de village western : maisons en bois, saloon où les étudiantes se réunissent, petit lac, sol poussiéreux et bien sur l’indispensable église puisque le corps professoral est composé de nonnes, pas si catholiques que cela bien entendu. Paumé au milieu de nulle part, le village autarcique sera la scène de bien des mystères. Heureusement qu’une justicière implacable veille au respect d’un minimum de moralité. Oui, car quand on se ballade en sous vêtements de cuir rouge, une culotte sur la tête, et un arc à la main, on ne peut pas vraiment se faire passer pour sœur morale. Petite déception, au passage, le costume de Maboroshi Panty se voit compléter d’un soutien gorge, ce qui gâche un peu le plaisir. Mais celui ci est ailleurs. Les nonnes sont armées de fusils et se livrent à des scènes saphiques tout en caressant une statue de Jésus sur sa croix (le fétichisme catholique est une constante de l’univers Go Nagai). Les jeunes filles dansent dans leur dortoir sur une chanson qui reste longtemps (trop ?) gravé dans la mémoire avant d’être passée au bûcher dans une scène tout droit sortie d’un film sur le KKK. Maboroshi Panty tire à l’arc plus vite que la lumière et embroche ses ennemis dans des rafales d’effets spéciaux bricolés à la maison par le papy bricoleur du réalisateur. Et cætera, et cætera, jusqu'à plus soif. Maboroshi Panty est un film irracontable, qui doit se vivre une bière à la main. Du bonheur en pellicule comme on n’en voit que trop peu, à condition de passer outre les défauts majeurs qui sont un acting déplorable, une réalisation minable, un montage fait avec des moufles et une histoire déplorable. Tout le contraire, en fait, du second portage de Maboroshi Panty sur le marché du direct to video. Réalisé par Minoru – je suis le roi de l’entertainement cheap – Kawasaki (Calamari Wrestler) , Maboroshi Panty vs Henchin Pokoider (まぼろしパンティVSへんちんポコイダー) se paie quand même le luxe de réunir deux personnages de Go Nagai. A droite, donc, Maboroshi Panty la justicière à la culotte sur la tête, qui va devoir mener son enquête pour savoir qui se cache derrière les attaques subies par les lycéennes. Celles-ci se retrouvent subitement nues, leurs vêtements arrachés, tandis que leurs amis masculins se transforment en monstres pervers, violeurs et sadiques (et affublés d’un slip sur la tête, aussi). A ma gauche, Henchin Pokoider, parodie nanardesque et pervertie des super héros japonais (surtout Ultraman et Kamen Rider), qui viendra prêter main forte à notre héroïne masquée. Malheureusement malgré la bonne volonté du réalisateur, la présence de Go Nagai, une actrice plutôt jolie, tout cela est réellement trop approximatif pour emporter une complète adhésion. Le rythme est plombé par des scènes d’enquêtes, et les quelques seins ou culottes disséminés ça et là ne suffisent pas à maintenir l’attention du spectateur. Rajoutons une qualité d’image DV du pire effet, des blagues lourdes (il y a même un taliban qui traîne dans le lycée….) et vous obtenez un film assez indigeste, qui a pourtant le mérite de faire hommage à Go Nagai et qui surtout assume son manque de sérieux et sa joyeuse inutilité.
 
Une légèreté de ton et d’approche qui a un peu manqué, malheureusement, aux sept premières adaptations live de la seconde icône sexy de Go Nagai, j’ai nommé Kekko Kamen.. Crée en 1974, Kekko Kamen est une somme de toutes les préoccupations thématiques de Go Nagai : envie de choquer, liberté de ton, blagues scato, nudité, pensionnat, lutte de l’élève contre le corps professoral, fétichisme divers et parodie. Car Go Nagai est réputé pour s’auto parodier à foison, croisant ses multiples personnages de manga en manga, mais aussi pour parodier divers succès passés ou mode passagères. Dans l’état Kekko Kamen est une vraie parodie d’une icône de la pop culture japonaise, le super héros Gekko Kamen (aka Moonlight Mask, 月光仮面) apparu pour la première fois sur le petit écran en 1958 et revenu en animation en 1972. Outre le jeu de mot sur le nom, Kekko Kamen parodie ouvertement la chanson du générique de Gekko Kamen (pour sa version animée) ainsi que le vilain opposé à ce dernier, qui de Claw of Satan devient Toenail of Satan, un directeur pervers et sadique qui institue la loi scolaire suivante : toute étudiante qui fera une erreur, même minime, se verra sexuellement humiliée par un des professeurs. Heureusement une justicière veille, avec pour seuls habits un masque rouge, des bottes rouges et une paire de gants rouges. Cette tenue assez spéciale lui permet de faire tourner la tête aux professeurs, mais aussi de lancer son attaque la plus terrible un saut en grand écart maximal afin de prendre le visage de son adversaire en clé dans son entrejambe et ainsi le vaincre par KO !!!!!!!!!!!!! Un tel personnage ne pouvait donc passer outre une adaptation en live, et ça sera chose faite de 1991 à 1993 avec trois films(**) qui oscillent entre le médiocre et le bonheur. Médiocre car toutes les caractéristiques techniques d’un film moyen de V cinema sont là : décors cheap, acteurs limites, réalisation sans grand intérêt, musique pompière. Et pourtant un certain bonheur s’empare du spectateur (male le plus souvent) car une magie inconnue opère. On se laisse facilement embarquer dans ces histoires répétitives (une élève se fait maltraiter, de préférence la douce Mayumi, le professeur la déshabille, la torture, et Kekko Kamen arrive pour lui mettre une dérouillée mémorable à coup d’entrejambe). Si l’exercice de style est sympathiquement gentillet dans sa platitude, on regrette quand même le manque de folie qui sied d’habitude si bien aux productions de V cinema. Une erreur qui sera réparée en 2004 dans les 4 films suivants (oui, oui, 4 !) (***), tous signés par le réalisateur Nagamine Takafumi (長嶺高文 ), à qui on doit déjà 13 ans plus tôt l’excellent portage de Maboroshi Panty. Crescendo, Nagamine Takafumi et son équipe se laissent happer par une douce folie créative, et en font des tonnes malgré un budget des plus minces. Le V cinema, c’est connu, c’est une affaire de relatif bon goût pour les choix artistiques. Et quitte à assumer un budget ridicule, autant y aller à fond comme si on tournait un blockbuster hollywoodien. Dans leur genre, les 4 Kekko Kamen de 2004 sont des petits bonheurs simples où l’entrain des comédien(ne)s à surjouer à fond est communicatif. De potentiel navet, on passe donc à nanar assumé, où s’entremêlent petites culottes, plan machiavéliques, cosplay, avions en plastique, grenouille en papier, nichons et franche rigolade. Chapeau, au passage, à Nagamine Takafumi qui à ce jour reste l’homme providentiel du portage live de l’univers Go Nagai, grâce à un sens de la réalisation bien plus affûté que ses collègues (ce n’est pas un tâcheron, mais ce n’est pas non plus Spielberg, hein ?). 2007 prouve enfin que Kekko Kamen est l’icône de toute une génération de réalisateurs / producteurs puisque 3 nouveaux films sont sortis sur le marché de la vidéo en milieu d’année. Titrés Kekko Kamen Royale (けっこう仮面 ロワイヤル ), Kekko Kamen Premium (けっこう仮面 プレミアム) et Kekko Kamen Forever, ces nouveaux opus apportent un vent frais sur la série grâce au physique parfait de Maria Ozawa (小澤マリア). Actrice de films pornos (les fameux AV, si chers au cœur de beaucoup) parmi les plus connues au Japon, la belle prête son corps de rêve au fantasme Kekko Kamen. Et cela fait du bien, car les précédentes incarnations de l’icône, sans être vilaines, n’étaient pas des choix très judicieux. A la barre des trois films on retrouve Kosuke Suzuki (鈴木浩介), un habitué des prods V cinema qui manque cependant d’identité visuelle. Je ne peux malheureusement pas donner un avis sur le résultat puisque je ne me suis toujours pas procuré les dits films, mais l’espoir est fort d’y trouver quelque chose de vraiment bien. L’espoir fait vivre.
 
Tout récemment aussi, l’univers des portages live de Go Nagai s’est enrichi d’un OFNI totalement barré qui écrase même la première adaptation de Maboroshi Panty. En effet Oira Sukeban (おいら女蛮), le film de 2005, est un film déjanté et en roue libre comme on n’en trouve que rarement. Totalement décalé, grotesque, drôle, fourre tout, vulgaire, bricolé, sexy, ridicule, léger, frais, en un mot CULTE, Oira Sukeban est sans conteste la seule vraie adaptation live de Go Nagai existante tant on y retrouve avec brio les éléments disparates qui font la touche si particulière du maître. Entre comédie, gore, sexe, fétichisme, Oira Sukeban est un monument du V cinema, signé par Noboru Iguchi (井口昇, un ancien réalisateur d’AVs), aidé en cela par le directeur des effets spéciaux Yoshihiro Nishimura (Suicide Club, Meatball Machine) et l’actrice d’AV Asami qui s’en donne à cœur joie dans une imitation caricaturale de la Sukeban (jeune délinquante) si chère aux productions Toei des années 70. A grand renfort de grimaces, punchs lines hurlées sur un ton autoritaire, le show Asami est la pierre angulaire d’un film qui ne se prend pas au sérieux. Œuvre de 1974, Oira Sukeban raconte les aventures dans un collège féminin d’un mauvais garçon au look androgyne. On imagine donc bien les quiproquos relatifs à la situation, mais Noboru Iguchi délaisse rapidement la facilité narrative pour s’orienter vers un énorme délire sanglant et sexuel dans lequel des nichons mitrailleurs rencontrent des flatulences qui mettent KO, et le gang des Bas-collants. Irracontable en l’état, Oira Sukeban fait du bien et a le bon sens de ne pas durer inutilement. Virant quelques fois dans le domaine du ero guro avec une joyeuse décontraction, l’opus de Noboru Iguchi donne une sévère leçon de cinema Go Nagaien à la version de 1992 (おいら女蛮 決戦!バンス党) signée d’un obscur réalisateur de toku et de films Z d’horreur (non, désolé je n’ai pas son nom sauf en japonais 石井てるよし). Beaucoup plus ancré humour et quiproquo dans les vestiaires, avec une grosse louche de petites culottes de lycéennes, Oira Sukeban vaut surtout le détour pour la présence dans le rôle titre de Shinji Takeda, acteur de second rôles qui commence aujourd’hui à se faire une réputation. Le voir grimé dans un sailor suit fait bien rire, même s’il faut constater que le choix d’une actrice aurait été plus judicieux comme dans la version de 2005. Film moyen sans réelle envergure autre que le fétichisme des dessous féminins Oira Sukeban ne soulève pas l’enthousiasme.
 
Un enthousiasme qui n’est pas non plus réveillé par les deux opus de Lovely Angel (****), qui jouent sur une thématique présente dans les grands œuvres de Go Nagai : le catholicisme. Ici, l’héroïne est un ange, mais un ange sexuel dont la mission est de soigner le mal de vivre par le sexe. Pour cela elle contemple la ville depuis ses hauteurs et se porte ensuite au secours de celui dont elle entend la détresse. Moyennant finance (argent qu’elle remet ensuite à des œuvres), Lovely Angel se déshabille, gonfle une piscine portative et redonne du peps à la pauvre âme égarée en la savonnant d’abord, puis en couchant avec. C’est beau, surtout que le summum de l’extase se fait dans un nuage de bulles de savons qui symbolisent aussi bien la jouissance masculine que la mission réussie de Lovely Angel. S’il est à espérer que le manga en 5 volumes réussi à trouver un rythme, il faut avouer que les deux films sont tristement répétitifs et fastidieux à regarder. Alors oui, l’actrice à un corps merveilleux, oui il y a du sexe, mais c’est toujours exactement la même chose quelque soit le client. Et ce n’est pas l’enquête intermédiaire d’un homme qui essaie de découvrir l’identité de Lovely Angel ou de la présence du SM Queen très méchante (interprétée par Kei Mizutani, pour les connaisseurs) qui sauve les meubles. Lovely Angel est une déception presque totale dont la coté amusant du script n’arrive pas à être transcender en image. C’est frustrant de finalement se retrouver devant un produit Go Nagai aseptisé ressemblant à un mauvais pinku eiga. Détail sympathique, Go Nagai signe lui meme le score.
 
A coup sur les prochaines années verront naître d’autres adaptations live de manga signés Go Nagai, il y a de quoi faire dans la masse d’œuvre immense et hétéroclite que le Maître continue de construire jour après jour. Pourquoi pas un live de Harenchi Golfer Jubei, l’histoire de tournoi de golf féminin où les joueuses doivent être nues est assez crétine pour faire un bon film de V cinema….. Mais en attendant un hypothétique sortie lointaine, il faut aussi mettre en lumière un part méconnue de la carrière de Go Nagai. En effet l’homme a aussi été réalisateur d’un long et de deux courts métrages. Réalisé en 1990, Ninja Dragon (空想科学任侠伝 極道忍者ドス竜) est adapté d’un de ses propres mangas et raconte l’histoire d’une fille de Yakuza qui se voit adjoindre un domestique un peu déluré tandis que des tueurs mystérieux décidément les oyabuns des divers clans Yakuza. Loin d’être parfait, Ninja Dragon est un enchaînement continu d’idées diverses sans réel lien. En vrac, donc, un combat de catch féminin (le catch étant une passion de Go Nagai), des arts martiaux, des extraterrestres, des blobs roses, du sang, de la comédie et du gore. Ca ne vole pas haut, mais ça confirme que le V cinema c’est du fun avant tout, et du fun malgré tout. L’année précédente Go Nagai s’était essayé à un court métrage d’horreur bizarre dans l’anthologie Kowai Zone (永井豪のこわいゾーン 怪鬼) (il rééditera l’essaie en 1990 avec un second court que je n’ai malheureusement pas vu pour Kowai Zone 2). Présentant le film dans une tenue de vampire kitchissime, Go Nagai s’applique ensuite à conter une histoire malsaine sur une jeune fille mutique qui un soir va voir un monstre à tête de serpent (ou dragon, le papier mâché rend mal à la différence) lui sortir du ventre pendant un orgasme. Ce dernier va alors engloutir tous les met présents sur la table du salon pendant que la jeune fille va rentrer en transe sexuelle. Le lendemain matin, elle se pèse et sourit enfin en voyant son poids s’afficher. Cheap et fun, le court n’en est pas moins complètement occultable, malgré un passage totalement hors du récit principal où des zombis marchent dans la rue pendant que des loups garous se sodomisent tout en hurlant à la lune !!!!! Ne cherchez pas, c’est Go Nagai…
 
Quelques autres adaptations live de l’univers Go Nagai existent, mais ne rentrent pas dans la thématique film fripon (voire plus si affinité) de l’article. Citons quand même la bouse sidérale adapté du chef d’œuvre Devilman, une série sur un catcheur (Aztekaiser), deux films d’horreur (Kirikagami, 永井豪のホラー劇場 霧加神, et un autre sur une vampire, 吸血温泉にようこそ), Kabuto O’Beetle coréalisé par Minoru Kawasaki et Takao Nakano (voir l’article sur les poulpes) etc…. De quoi largement remplir des après midi morose où l’envie de regarder un film étrange vous assaille. Bons films.
 
Et surtout en ce 06 Septembre 2007, BON ANNIVERSAIRE à Go Nagai, qui entame ses 40 ans de carrière !
 
Je tenais aussi à saluer l'initiative d'un sympathique canadien qui a réuni autour de lui une communauté de vrais fan de Go Nagai, qui n'hesitent pas à contribuer au forum pour faire avancer la difficile tache de comptabiliser et nommer la totalité des manga, anime, films et autres médias auquel le Maitre à participé de pres ou de loin. Merci Mario. (http://gettermario.dynamicforum.net/)
 

 (*) Série Harenchi Gakuen des 70's
ハレンチ学園 (1970)
ハレンチ学園 身体検査の巻 (1970)
ハレンチ学園 タックルキスの巻 (1970)
新・ハレンチ学園 (1971)
 
(**) Série Kekko Kamen des 90's
けっこう仮面 (1991)
けっこう仮面2 We’ll be back・・・(1992)
けっこう仮面3 (1993)
 
(***) Série Kekko Kamen de 2004
けっこう仮面
けっこう仮面 マングリフォンの逆襲
けっこう仮面 RETURNS
けっこう仮面 SURPRIS
 
(****) Série des Lovely Angel
ラブリーエンジェル 訪問ソープでございます[ハート] (1997)
ラブリーエンジェル 訪問ソープでございます2 対決!訪問ソープ嬢VS出張SM嬢!!
 
 

Publié dans Cinéma Japonais

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Slimdods 07/09/2007 13:04

Encore un univers à découvrir! En effet, il n'y a que quelques souvenirs de Goldorak qui me parlent réellement sur ce Go Nagai (et de nom Devil Man et Cutey Honey bien sûr). Merci pour l'article en tout cas!