kawai hard boiled

Publié le par Boutigny Guillaume

Junko Mizuno

 C'est bien connu le monde entier croit que la bande dessinée franco belge se résume à Tintin, Astérix et Gaston Lagaffe, tout comme la bande dessinée américaine se résume à des super héros en colant. Et bien par analogie, le manga se réduit le plus souvent à Dragon Ball, St Seiya ou Candy. Un apriori normal puisque ce sont là les seuls véritables point de repere d'une ou plusieures générations abreuvées par les diffusions télé. Mais non le manga ce n'est pas que des grands yeux, des corps musculeux sur des personnages prépubères et des cheveux pointus. Le manga c'est de la bande dessinée, et donc un art où tous les style se cotoient, du plus classique au plus underground. Et en France nous avons enfin la chance de découvrir cette nouvelle facette du manga avec des oeuvres plus adultes, plus bizarres, plus dérangeantes. Des oeuvres différentes dont certains auteurs parmi les plus connus au Japon servent de fer de lance à ces nouvelles parutions francaises. Et c'est donc avec plaisir que les lecteurs curieux ont acceuillis les receuils de Junko Mizuno, mangaka hard core au style si....kawai (mignon).

Au premier coup d'oeil, le graphisme rond et simple de Junko Mizuno est des plus appréciables. Extremement lisible, son trait a tout pour plaire à la famille entiere : grands yeux, présence de couleurs simples en aplats, mise en page simple qui ne reprend que peu les codes du manga traditionnel, c'est sur les mangas de Junko Mizuno vont etre un parfait cadeau pour la petite soeur et le petit neveu. Surtout que les titres parlent d'eux memes : Hansel et Gretel, La Petite Sirène, Cinderella. Des contes pour enfants. C'est maintenant sur, ca va plaire. Et le soir venu, la petite tete blonde ouvre son joli conte et s'apprete à réver. Horreur, Gretel se bat au katana et découpe tout ce qui passe, la petite sirene et ses soeurs bouffe des humains apres les avoir violés dans leur palais sous marin, Cinderella est une zombie grios vert. Et oui, sous ses dehors enfantins, les mangas et les personnages de Junko Mizuno sont trash, violents, crades, vulgaires, psychotiques. Et bien sur tout cela n'est en rien destiné à un jeune lectorat, qui au mieux n'y comprendra pas grand chose, et au pire en sera quitte pour quelques frayeurs nocturnes.

Icone mondialement reconnue de la scene manga underground japonaise, Junko Mizuno a débuté sa carriere en 1996 en dessinant des livrets. Deux ans plus tard, le succès et la reconnaissance sont au rendez vous grace à des strips dessinés pour les pochettes de disque, qui seront publiés dans le receuil Pure Trance. Apres la troisieme guerre mondiale, les restes de la société humaine vit en société souterraine, et est atteint d'un mal du à la surconsommation des pillules Pure Trance, seule forme de nourriture encore existante. L'histoire prend alors place dans le centre 102, un hopital qui résume ce qui sera la  marque de fabrique des personnages et des histoires made in Junko Mizuno : perversité, sexe, drogue, déviance en tous genres, mal de vivre et surtout destruction systématique des stéréotypes manga. Sous leurs apparats kawai, les histoires de Junko Mizuno cachent donc un monde malsain, souvent absurde, où l'innocence s'heurte de plein fouet à la crudité et la cruauté. Un concept de création qui trouve ses points culminants dans les relectures acides et psychédéliques des contes pour enfants. En reprenant la trame principale, junko Mizuno s'amuse alors à détruire le reve qui emmane de ces histoires. Un exercie salutaire pour le lecteur avide de nouvelles sensations manga, qui ne manquera pas de saluer la démarche sincère de cette mangaka hors norme, et au style immédiatement identifiable.

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