Quelque chose de sauvage

Publié le par Boutigny Guillaume

KURIYAMA CHIAKI

Ce n'est pas un secret, la scène cinématographique actuelle nippone manque de personnalité. On se souvient facilement de bien des artistes des années 50-60, des icônes des années 70, et des grands noms des années 80-90 qui perdurent encore aujourd'hui (qui a dit EMOTO Akira?), mais la jeune génération ne ressemble à première vue qu'à un mauvais tabloïd de starlettes, idoru, chanteuses en mal d'égocentricité, midinettes kawai ou gossbo faussement rebelles. Evidemment en grattant un peu (mais avec force) la couche de paillette on tombe sur des jeunes qui apportent beaucoup au cinéma japonais : ASANO Tadanobu, MIYAZAKI Aoi, ANDO Masanobu, ITO Ayumi, et peut être aussi KURIYAMA Chiaki.

Surtout connue pour sa participation au Kill Bill de Quentin Tarantino dans le rôle de Gogo Yubari, KURIYAMA Chiaki en restera pourtant là de son aventure hollywoodienne pour revenir sur la scène japonaise et y apporter ce qui fait défaut à pas mal d'artistes : le magnétisme. Car si le jeu même de KURIYAMA peut être remis en cause, il faut avouer qu'elle dégage quelque chose qui rappelle fortement les icônes féminines des 70's telles que KAJI Meiko ou SUGIMOTO Miki. Avec un quelque chose de sauvage dans le regard, une façon de poser sa fierté et sa féminité avec arrogance et défi, KURIYAMA se classe comme inclassable. Inclassable tout comme ses choix de carrière à la limite ténue du grand public et du film d'auteur. En effet en tournant avec MIIKE Takashi, SION Sono, Sang-il Lee, KANEKO Shusuke, elle ose le mélange des genres et accepte principalement les rôles où elle peut jouer l'ambivalence qui la caractérise. En passant d'une pharmacienne dealeuse (Scrap Heaven) à une yokai sexuellement excitante (Great Yokai War), KURIYAMA Chiaki explore des personnages ambigus qui collent à merveille à ce que son physique dégage.

Eloignée des canons connus de la beauté japonaise, avec lesquels elle partage cependant de longs cheveux noirs et une peau claire, KURIYAMA a commencé sa carrière très jeune comme mannequin publicitaire, allant jusqu'à poser nue, devant l'appareil du connu SHINOYAMA Kishin, à l'age de 13 ans (donc en 1997, avant la loi votée à la Diet en 1999 sur la pornographie infantile. Rien de pornographique cependant dans cet album photo). Début d'anticonformisme ou obligation contractuelle à une époque où le lolicon ... Je préfère ne pas débattre, et revenir sur la carrière cinéma de KURIYAMA Chiaki qui trouve le succès dès ses premiers films. Outre son rôle minime dans Gonin de ISHII Takashi en 1995, elle cartonne au BO avec une adaptation de la légende de Hanako San, le fantôme des toilettes bien connu des jeunes japonais (ne cherchez pas JK Rowling a bien tout pompé à droite et à gauche pour se faire de la thune sur le dos de ses prédécesseurs). Au coté d'un casting de grandes stars en devenir (dont TOYOKAWA Etsushi), Chiaki met les pieds dans l'engrenage des films dits d'horreur, circuit qu'elle a aujourd'hui du mal à quitter (ou pas envie de quitter). Vient ensuite la reconnaissance internationale avec Battle Royale de feu FUKASAKU. Crevant l'écran, elle attire l'œil de Tarantino qui décide de l'engager pour un second rôle de son Kill Bill. A l'instar de Koyuki avec son rôle dans Last Samurai, Chiaki Kuriyama n'attise pas les convoitises hollywoodiennes, et c'est dans un sens mieux comme cela; lui permettant de revenir sur l'archipel, ballader sa silhouette étrange et attirante de CM en films pas franchement marquants. Mais meme dans des oeuvres mollassonnes comme Azumi 2, ineptes comme Kagen no Tsuki, elle impose son charisme décalé et se forge une image, une réputation; qui n'ont plus rien à voir avec son métier d'actrice. C'est là d'ailleurs la marque des grands. Exister au delà. Etre iconisé grace à deux ou trois roles (dans le cas présents) marquants à défaut d'etre majeur. Etre iconisé au point de faire oublier que finalement le reste de sa jeune carriere n'a rien de palpitant.

Chiaki a donc passé la barriere et s'est naturellement imposée comme un nom immanquable; une actrice qui de temps à autres saura néanmoins se faire remarquer (à voir absolument : Queen Bee) alors que ce n'est pas le talent irradiant et instinctif qui l'etouffe. Le Charisme magnétique par contre.....


KURIYAMA Chiaki ((栗山千明) - Filmographie selective
2000 - Battle Royale (バトル・ロワイアル)

2005 - Scrap Heaven (スクラップ・ヘブン)
2005 - Great Yokai War (妖怪大戦争)
2006 - Jyooubachi aka Queen Bee (女王蜂)

Publié dans Portraits

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Martin 24/12/2008 01:00

ah mince, j'imaginais effectivement un truc à la Nakano ou encore une update des Teruo Ishii .. suis deçu!

Boutigny Guillaume 24/12/2008 01:38


je comprend la deception


Martin 24/12/2008 00:33

Très bon texte sur un sujet casse-gueule (le portrait d'actrice). Le Queen-Bee au titre allechant doit en effet bien aller à la demoiselle.

Boutigny Guillaume 24/12/2008 00:53


Rien à voir avec la Nakano. C'est une enquete de Kindaichi, dejà mise en scene par Ichikawa fin 70's. Ca a beau etre un TV special, j'ai bien aimé cette petite enquete, le personnage de Chiaki, et
le décor.