Nagisa Noirs & Shuji Beruriers

Publié le par Boutigny Guillaume

PUNK MUSIC NEW WAVE

Novembre 89, les Berurier Noirs se sabordent en live le temps de 3 concerts dantesques, mettant fin à 14 ans de scène alternative dont ils portaient l'étendard. Trop de fatigue. Trop de pression médiatique pour leurs rêves d'indépendance, trop de suspicions des autorités envers ce groupe qui prône l'anarchie et la révolte sociale. Et avec du recul, ce suicide en live a été une bonne chose, avant une éventuelle perte de vitesse ou cancer artistique. Les Béru ont arrêtés à temps, alors que la Mano Negra passait à l'ennemi, les majors du disque, vendant l'âme du rock alternatif au mercantilisme galopant. La liberté était morte, les Béru disparaissaient en beauté.

Mais pourquoi aborder les Bérurier Noirs dans un site dédié au ciné japonais ? Tout simplement parce que les Bérurier Noirs ont été des amateurs éclairés de cinéma japonais comme en témoignent deux titres phares du groupe, Conte Cruel de la Jeunesse et L'empereur Tomato Ketchup. Des hommages à la nouvelle vague et à l'ATG. Oui, les Beru c'est aussi de la culture cinématographique à écouter ; même si finalement l'emprunt et l'hommage s'arrêtent au titre des films et à une certaine idée de la thématique sur la jeunesse, la peur qu'elle engendre par leur envie de "contester".

C'est exactement ce theme que reflete la chanson Conte Cruel de la jeunesse (album Concerto pour détraqués, 1985)

On était une bonne vingtaine
à marcher dans la capitale
sans armes sans violence et sans haine
à danser comme des malades
un type assis d'vant sa télé
partout c'est l'insécurité
"encore les jeunes, ces enculés!
et croyez-moi j'vais les matter!"

Sur un album sombre et engagé, les Beru parlent ici de fracture générationnelle, d'envie de liberté incomprise. Un theme repris en fond dans le film d'OSHIMA Nagisa, Contes Cruels de la jeunesse (notez le pluriel). Alors, je le concede, trouver un hommage au film d'OSHIMA dans la chanson des Béru tient plus du fantasme et de l'interpretation légere d'une ressemblance des titres. Accusation qui ne peut etre portée à la chanson L'Empereur Tomato Ketchup.

Sortie en 1986, ce manifeste libertaire est un hommage appuyé, et clairement assumé, au film eponyme de TERAYAMA Shuji.

Les enfants sont armés et sont bien décidés
A zigouiller toutes les autorités
A couper l'zizi du satyre du lycée
A faire ce qu'ils veulent d'leur sexualité
Et à découvrir toutes les portes du plaisir
Des tas d'gribouilles sur le mur de l'Empire
En courant tout nus dans toutes les rues
Drapeau noir au vent en criant "En avant"

Le titre des Beru peut etre considéré comme une illustration musicale parfaite, un résumé respectueux de la presque parodie / anticipation / alternative grotesque des révolutions étudiantes signée TERAYAMA. De bout en bout on y retrouve la meme ironie sur le pouvoir, la découverte de la sexualité libre, le renversement de l'autorité parent-enfant..... Tout aussi subverif, drole, barré et futile que le film de TERAYAMA, la chanson des Beru se distingue pourtant en étant un succès public; récompense non voulue par les Béru et refusée à TERAYAMA (de son vivant, du moins).


L'empereur Tomato Ketchup (トマトケッチャップ皇帝)
1971
Un film de TERAYAMA Shuji (修司寺山)

Contes Cruels de la jeunesse (青春残酷物語) aka Cruel Story of Youth
1960
Studio : Sochiku
Un film de OSHIMA Nagisa (大島 渚)

Publié dans Bonus

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