Portage

Publié le par Boutigny Guillaume

De l’interet à changer de média (du manga au live)

Portage : nom qui ne veut pas dire grand-chose si ce n’est décrire de maniere simple la transposition d’un média sur un autre média. Le portage est donc bien plus qu’un remake ; meme si une question reste fondamentale dans les deux cas : comment garder l’ame du sujet original ?

Une chose est certaine : le portage ne date pas d'hier. Une majeure partie du cinéma mondial et donc japonais est basé sur le portage; celui d'une oeuvre litteraire vers le média cinematographique, voire meme au Japon d'une oeuvre théatrale (que cela No ou Kabuki) vers le cinema. Et il y a autant de réussites et échecs que de bons ou mauvais films, sachant qu'un bon livre ne donne pas forcément un bon film, mais qu'un mauvais livre peut donner un bon film. Tout est question, alors, de talent d'adaptation de la personne s'atelant au scenario, de son approche de l'oeuvre de base mais aussi de sa comprehension des deux médias. Car pour transposer un livre, il faut s'y connaitre en cinéma; les regles d'ecriture, de rythme et de présentation n'etant pas les memes (le couple WATTA Nado / ICHIKAWA Kon étant un bon exemple de cette double culture essentielle). Donc dans l'etant le portage n'est pas un mal. Ce n'est meme pas à proprement parler une bonne chose, puisqu'il est indissociable du cinéma.

Depuis quelques années le cinéma nous a habitué aux portages jeux videos vers grand écran, pour principalement surfer sur le succes de tel titre / license ou personnage. En etant franc, cela n’a pas apporté grand chose au cinema, si ce n’est des dollars. Dresser une liste complete de jeux videos adaptés serait atrocement long, le principal étant de retenir que le résultat en terme artistique a été catastrophique sur toute la ligne (meme si d’un point de vue bisserie, les Resident Evil et autres Street Fighter sont des perles). Les raisons de ces échecs sont trop longues pour etre débattues ici (et je n'en ai pas les compétences), mais outre des mauvais choix "éditoriaux" on peut tabler sur le point évoqué plus haut : une meconnaissance des regles du cinéma et par conséquent une transposition qualifiable de décalque en guise d'adaptation. Adapter est un métier, pas un passe temps. Ce qui marche dans le jeux video, que cela soit rythme, mise en scene, rebondissements, mise en situation, ne marche pas tel quel au cinema. On tend souvent à dire que le cinéma et le jeu video se confondent aujourd'hui et que les langages autrefois éloignés sont de plus en plus en synergie. Peut etre. Mais KOJIMA, en voulant cinematographier le dernier volet de sa saga culte a noyé le jeu dans quasiment de 60% de scenes cinematographiques, donc non jouables, donc non jeu video !

Nouvelle mode de portage : celui des comics, via nos amis américains, et celui de manga ou anime via les japonais et maintenant les américains. Une nouvelle problématique se pose alors, meme si elle reste valable pour les cas précités (j'aime me contredire). Quelle est la légitimité et l'interet, autre que financier, à sortir une oeuvre de son media pour la porter vers un autre ? Car en créant une oeuvre son auteur ne tient compte que des limitations, codes et libertés offertes par ce media. On pourra parler des heures des codes d'ecriture et de mise en page d'un manga sans que cela change la conclusion. Le manga trouve son identité dans l'utilisation de ses codes, usuels pour les lecteurs; et qui differencie bien le manga d'un comics ou d'un Tintin (je m'acharne); alors que sont finalement tous de la BD. En gros le manga, ou plus généralement l'oeuvre, trouve sa plénitude formelle et narrative dans les contraintes et codes qui lui sont propres.
Mais ces codes sont ils applicables dans l'eventualité d'un portage ?
Peut on garder l'ame de l'oeuvre originale, histoire de rebondir sur la question posée en introduction ?

Oublions un instant les adaptations de manga ayant un cadre contemporain réaliste. Car la difficulté majeure réside dans l'adaptation, ou tout du moins la tranposition, d'un univers fantaisiste, qu'il soit SF, med-fan, ou autres mais dans tous les cas coloré et biggaré. Ses univers ont dejà trouvé dans le trait du mangaka (et ses assistants) ou de l'équipe d'animation une réalité visuelle, une identité validée et certifiée par l'auteur lui meme. Le risque de déformer cette representation lors d'un portage cinématographique est démesuré puisque les contraintes sont différentes (budget, effets speciaux etc...). L'autre gros probleme est enfin lié aux raisons d'un tel portage risqué. Laissons de coté deux minutes les raisons artistiques, nous parlons surtout de raisons de mode; une facilité à surfer sur une icone de pop culture du moment. A ce stade l'essentiel est de transposer, pas d'adapter à de nouvelles contraintes. Et pourtant ce qui finalement fait un bon portage de manga en live est là : la volonté de s'astreindre à de nouveaux codes (Misumi a transcender Lone Wolf & Club, alors qu'ICHIKAWA a massacré Phoenix).

Tout ça pour dire, maladroitement, dans le désordre où ça m'est venu et sans relecture, que les dernieres annonces de portage me font peur. Celle de la future adaptation de Cowboy Bebop en particulier a motivé ce jet d'idées. Je suis inquiet.

PS : petit point qui vient de me venir à l'esprit : la marge de manoeuvre narrative et thématique qui est maintenant imposée par les Studios et les organismes de classification. La liberté de ton qui est accordée aux médias pop culturels comme le manga ne trouve plus (nuancons en peu) écho dans l'aseptisation du monde du cinéma. Cameron aussi puissant soit il dans le tout hollywood va t'il pouvoir éviter les concessions pour le portage de Gunnm ? Gunnm aseptisée sera t'il encore Gunnm ?

Publié dans Divers

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