Montre moi tes déchets, je te dirai que je t'aime

Publié le par Boutigny Guillaume

TOKYO TRASH BABY

C'est quoi l'amour ?

Question philosophique s'il en est, mais question à laquelle un collectif de réalisateurs va tenter de répondre en 2000, à l'appel de CineRocket, via une série de films regroupés sous la dénomination de Love Cinema. 6 films (*) seront mis en boite, avec pour seuls imperatifs de parler de l'amour, quelque en soit la forme ou l'approche, et de tourner en DV avec un personnage principal féminin. Un beau sujet pour une brochettes de réalisateurs peu conventionnels, dont HIROKI Ryuichi qui va s'empresser d'adapter en image qui bougent le receuil de photos Tokyo Gommi (litt. les poubelles tokyoites), ouvrage prenant le parti de décrire ses contemporains par la descriptions de leurs déchets ménagers.
Amour et déchets ménagers ?

Miyuki est une jeune fille banale travaillant comme serveuse dans un café banal de Tokyo. Elle mene une vie banale et sans surprises jusqu'au jour où elle tombe amoureuse de son voisin du dessus, un musicien au look rebelle. N'osant avouer ses sentiments, Miyuki va se mettre à fouiller quotidiennement les poubelles de son amour secret et entreposer religieusement ses trouvailles dans son petit appartement comme autant de reliques revelant le caractere et la vie de celui qu'elle n'ose aborder.

Amour et déchets ménagers, comme pour solitude et impossibilité de communiquer. Un sujet que les amateurs de pinku des années 90 connaissent bien. Ca tombe bien, HIROKI y a fait ses classes. Et ce sujet de la difficulté à communiquer il en a fait, et en fait toujours, un de ses sujets de fonds principaux. Tokyo Trash Baby c'est donc l'histoire d'une jeune femme renfermée dans son quotidien, une jeune femme isolée parmi des millions de tokyoites, un individu oublié de la vie sociale japonaise comme tant d'autres, et jugée inadaptée (elle fait partie de ce que les sociologues appelent les furitas, des jeunes gens qui vivent de petits jobs au lieu de chercher un 'vrai" travail). Mais est ce elle qui s'est exclue ou est ce la société qui l'a jugée inadaptée et remisée ? Toujours est il que Miyuki n'est pas intégrée et vis comme une sorte de zombie, ignorée des autres et leur rendant bien. Alors quand elle va ressentir des sentiments, elle ne va pas oser et s'enfermer dans une quete d'identification de la vie de celui qu'elle aime. Elle se fabrique alors un amour parfait, interpretant chaque objet à sa convenance, compensant en imaginaire mais de façon totale le manque d'amour et de respect dont elle souffre intérieurement. Cet amour là, fantasmé, ne la fera pas soufrir; et cela lui va. Il y a là dedans, en plus de l'usuel questionnement métaphorique sur la communication propre à énormément de réalisateurs, quelque chose qui rapproche Miyuki de l'otaku typique. Déifiant des reliques de consommation comme d'autres collectionnent les livres et dvd de la derniere idoru pulmonairement athlétique. Elle est une enfant qui a refusé de se plier aux horreurs du monde adulte. Et elle ira enterrer symboliquement son enfance et ses reves quand elle goutera au réel, quitte à se faire mal.

C'est quoi l'amour ? Une acceptation de soi à travers l'autre.

Porté par une actrice sobre et une flanquée de seconds roles savoureux, dont une nymphomane attachante et un patron de café campé par le formidable TAGUCHI Tomorowo, ce Tokyo Trash Baby est une jolie fable subtile et amere, qui mérite d'etre découverte au plus vite.

(*) NdR : Hormis ce formidable Tokyo Trash Baby, les autres films de la série Love Cinema 1 sont Visitor Q (de MIIKE Takeshi), GIPS (de SHIOTA Akihiko), Harikomi (de SHINOHARA Tetsuo), Tojiru Hi (de YUKISADA Isao) et Eri Ni Kubiitake (MIHARA Mitsuhiro)


Tokyo Trash Baby (東京ゴミ女) aka Tokyo Gomi Onna
2000
Un film de HIROKI Ryuichi (廣木隆一)
Avec : NAKAMURA Mami (中村麻美), SHIBASAKI Kou (柴咲コウ), SUZUKI Kazuma (鈴木一真), TAGUCHI Tomorowo(田口トモロヲ)

Publié dans Cinéma Japonais

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Epikt 21/07/2008 12:16

Ah oui, très chouette ce film !Et pendant que j'y suis, je te remercie de tes artilces sur Hiroki qui m'ont sérieusement donné envie d'approfondir son oeuvre (pour l'instant je n'ai vu que Tokyo Trash Baby, I'm an SM writer et son film de l'antho Female).PS : au fait, ça vaut quoi les autres (déjà vu Gips et Visitor Q) segments de Love Cinema ?

Boutigny Guillaume 21/07/2008 13:44


Content que ça plaise. HIROKI c'est un real que j'ai redecouvert il y a deux ou trois ans, apres avoir litteralement scotché sur It's only talk. Et donc je me suis jetté frenetiquement sur ce que
je pouvais trouver dont quelques vieux films (j'en reparlerai un jour, sans doute).
Sur l'anthologie Love Cinema 1, j'avoue ne pas avoir vu les autres hormis bien sur celui de Miike et celui de Shiota (que j'ai failli mettre à la place de Moonlight Whispers dans le débordements #1
tellement j'adore ce court métrage). Je dois neanmoins avoir le Yukisada quelque part; au chaud pour quand je me déciderai à me faire une home retro de ce realisateur trop meconnu et sous evalué.