Chambardements #6 : ironie et dérision

Publié le par Boutigny Guillaume

CHAMBARDEMENTS, EPISODE 6

Chambardements c'est une idée géniale (encore une) de Epikt; une idée qui a pris son envol alors qu'elle aurait du rester éseulée chez son créateur. Chambardements c'est un moteur à découverte de chambara, alimenté par thématiques par les bloggers du Cycle Cinema Japonais, Juillet 2008.

Chambardements #1: code d'honneur et décadence

Chambardements #2 : de rage et de fureur

Chambardements #3 : errance et solitude

Chambardements #4 : baroque n'roll

Chambardements #5 : démons et post-modernisme

Ce 6ème chambardements est maintenant l'occasion de revenir sur ces chambaras légèrement décalés et subtilement moqueurs.

Voic mes 3 choix :


YOJIMBO (1961) & SANJURO (1962)
Je commence mal. Mon premier choix comporte deux films. Cependant les deux films sont réellement indissociables, éclairant sur une part cynique et ironique de KUROSAWA Akira. Construits comme parodies légeres et rythmées, les aventures de Sanjuro, le ronin invincible, mélangent les codes et gimmicks du chambara et plus généralement du film de samourai avec des situations éxagérées, absurdes et quelques fois burlesques. Par delà ces deux histoires de sabres, on ne peut que rester bluffé devant la maitrise narrative et technique d'un réalisateur qui semble s'amuser à ironiser sur son genre réputé de prédilection. Et dans l'affaire, MIFUNE Toshiro campe avec une délectation évidente un personnage décalé dont la gestuelle et la diction grandiloquentes sont en totale opposition avec son image pouilleuse et nonchalante.
A noter que c'est ici que se trouve l'origine du geyser de sang, fameux code du chambara rageur, que KUROSAWA avait simplement imaginé comme une parodie de la violence.

Yojimbo (用心棒)
Sanjuro (椿三十郎)
Studio : Toho
Deux films de KUROSAWA Akira (黒澤明)
Avec : MIFUNE Toshiro (三船 敏郎) , NAKADAI Tatsuya (仲代達矢) S


TANGE SAZEN ET LE POT D'UN MILLION DE RYOS
(1935)
Personnage culte s'il en est, Tange Sazen est, outre le premier héros amoindri japonais, le personnage de plus de 30 films, dont les premiers remontent à 1927. Le film se prete à une double lecture ironique. D'un coté nous avons Tange Sazen, un anti héros assez détestable car machiste, pingre, pas réellement intelligent et charismatique. Il est l'exact opposé du samourai alors representé dans la multitude de films des Majors. Seul point commun, il est lui aussi imbatable katana à la main. De l'autre coté, il y a la representation distanciée et critique du background historique, une constante du réalisateur YAMANAKA Sadao et un rythme aux antipodes de ce que l'on pourrait attendre. En pleine mouvance des films comiques de la Nikkatsu, YAMANAKA offre une relecture rejouissante d'un genre, sans tomber dans la parodie facile. Remarquable.

Sazen Tange and the Pot Worth a Million Ryo (丹下左膳余話 百萬両の壺)
Studio : Nikkatsu
Un film de YAMANAKA Sadao (山中貞雄)
Avec : OKOCHI Denjiro (大河内伝次郎)


KILL, LA FORTERESSE DES SAMOURAIS
(1968)
Spécialiste du chambara, et réalisateur minutieux, OKAMOTO Kihachi adapte le meme roman que celui servant de base à Sanjuro, pour proposer une reflexion sur le statut de samourai avec un regard distant  et fortement ironique. Les parcours isolés ou en bande de ces deux "samourai" sert de ciment à une critique acerbe des ideaux et des croyances du samourai et meme de la conception d'honneur si chere et importante au bushido. Ramenés au stade de pantin entre les mains de leurs maitres, les samourais d'OKAMOTO font pitié et ne sont pas enviables. Derniere ironie, et pas des moindres, le final du film ne sacrifiera pas le moins du monde à l'usuel duel. Drole, émouvant, intelligent, Kiru est peut etre le meilleur exemple de ce à quoi ce petit panorama tend à montrer.

Kiru (斬る) aka Kill !
Studio : Toho
Un film de OKAMOTO Kihachi (岡本喜八)
Avec : NAKADAI Tatsuya (仲代達矢)


Qui pour prendre la suite des chambardements ?

Publié dans Divers

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