L’invasion des marshmallow

Publié le par Boutigny Guillaume

IDORU : VERS LA FIN D'UN CINEMA ?

Prenons l’exemple parlant de Hong Kong. Là bas, hormis quelques rares cas, être acteur ne va pas sans, au minimum, être chanteur. Ou l’inverse. Car bien souvent les artistes se voient propulsés au cinéma pour renforcer l’image. Et au final entre acteur, chanteur, mannequin, et autres possibilités on s’y perd. L’important restant d’être sur le devant de la scène ; pour vendre. Et depuis quelques temps, ce flou artistique semble envahir le microcosme des stars japonaises.  C’est bien beau tout ça, mais en fait où est le problème, s’il y en a un ? En fait j’ai l’impression que cette multitude d’activité pour un seul et même « artiste » est le signe vivace d’un peopolisation (pour employer un terme à la mode, cher à nos amis journaleux ) et par conséquent d’une dérive inquiétante d’un système qui aurait du rester avec des niches bien distinctes. Je m’explique.

 

Aujourd’hui si le cinéma japonais est sur une pente ascendante grâce à des recettes en constante évolution, de nouveaux réalisateurs talentueux et des producteurs moins frileux, il n’en reste pas moins que l’écran star nippon n’est pas le grand mais le petit. Celui que l’on a chez soi et qui diffuse multitude de jdorama et émissions à tendances musicales (je schématise, ne vous offusquez pas). Dans les premiers on retrouve des jeunes stars, confirmées ou en devenir, choisis avant tout pour leur belle gueule ; mais aussi souvent placés là par leur Agent pour promouvoir soit un single, soit un livre de photo. La série comme placement publicitaire, ce n’est pas idiot finalement. L’inverse est aussi vrai. On retrouve dans les secondes émissions, celles où ça parle, braille (chante ?), raconte des anecdotes, des simili vedettes à belle gueules des séries à la mode venus vendre leur soupe musicale. En gros, une majeure partie de la nouvelle génération d’acteurs télé font le maximum pour se vendre, et deviennent des produits concurrentiels. Qu’en est il alors de la série ou du disque ? Si vous vous posez la question c’est que, comme moi, vous êtes encore bien trop naïfs. La proposition culturelle n’existe pas. Elle n’est qu’un support à vedettariat.

 

J’entends au fond de la salle que ce n’est pas nouveau et qu’il n’y a pas de quoi s’offusquer. Le cinéma japonais a connu maints exemples d’artistes ayant aussi œuvrés dans la chanson par exemple. Je plussoie, bien entendu. Prenons l’exemple de MISORA Hibari ou YAMAGUCHI Momoe. 20 d’écart entre les carrières de ces deux figures populaires japonaises, mais une constante : toutes les deux étaient des chanteuses, dont les films sont servis à accroître et jouer sur leur popularité. A l’inverse une star comme ISHIHARA Yujiro a d’abord commencé par chanter en complément de sa carrière d’acteur avant d’inverser de lui-même la tendance vers les années 70. Les exemples sont nombreux, forcément. Citons rapidement KATSU Shintaro ou bien IKE Reiko, KAJI Meiko, ou plus récemment Chara. Mais ces doubles carrière se faisaient avec une implication totale dans chaque, et un talent pour chaque discipline, individuellement. Tout cela manque certainement d’objectivité. Peut être bien. Quoique.

 

Car aujourd’hui la vedette est un produit interchangeable. Ce sont les règles de cette industrie nippone du divertissement, et elles sont faciles et logiques à accepter. Nous avons les mêmes chez nous, même si l’ampleur de phénomène n’est pas aussi importante. Il faut vite utiliser la vedette avant sa date limite de consommation ; qui arrive toujours très vite soit parce que le public se lasse (il y a plus kawai ailleurs), soit parce que la vedette fait une grosse boulette qui nuit à sa carrière naissante (il fume une cigarette en public). Le star system japonais est consumériste, soit. Mais le plus grave dans l’affaire c’est que les producteurs ne jugent pas sur le talent mais sur l’impact en terme d’image de leur poulain. Et quand ce dernier est balancé sur un plateau de tournage, la catastrophe est assez phénoménale pour être décriée. Jeu d’acteur inexistant, émotions absentes. Cumulés à une histoire suripeuse à faire pleurer les jeunes prépubères et une réalisation absente, cela fait vite beaucoup. Et pourtant ça fonctionne. Le jdorama fait de l’audience, la vedette est invitée sur les plateaux de télé, et bientôt on lui propose un premier rôle au cinéma. Et là même schéma productif, le film devient un placement pub. En toute franchise cela est inquiétant. En répétant un schéma qui sied bien au format télé, les productifs japonais vont tirer vers le bas un cinéma qui a eu du mal à remonter du fond d’un gouffre. Et ces vedettes on les retrouve maintenant partout, sourire freedent bright sur l’affiche. L’invasion est en marche. Alors oui c’est plaisant, on est fanboy ou on ne l’est pas, de retrouver la dernière idoru à la mode (vous savez celle qui a des gros seins et qui porte si bien le bikini) dans un film (même si elle ne porte pas forcément de bikini) ou le dernier beau gosse faussement rebelle qui a du succès. Cela ne fait cependant pas de bons films. Car un bon film c’est une synergie complexe et complète entre une écriture subtile, une histoire prenante, une réalisation efficace et des comédiens convaincants. Les comédiens sont absents. Tout au plus avons-nous là des acteurs. Au mieux des figurants qui se seraient retrouver avec le premier rôle, du texte à dire et des émotions à faire passer. Ce n’est pas glorieux, ni risible d’ailleurs. Il y a quelque chose de profondément consternant à voir un cinéma que l’on aime se fourvoyer avec des personnes comme Eiji Wentz, MATSUMOTO Jun, UETO Aya. Pourtant afin d’être tout à fait honnête, il n’y pas que du mauvais qui ressort de ceci. De temps à autre, un talent sort du lot, propulsé sur le devant de la scène par ce star system commercial que je décrie tant. INOUE Mao dernièrement, par exemple.

 

Il y a de quoi s’inquiéter. Vraiment. Les bons acteurs japonais ne sont néanmoins pas une race éteinte, mais à y regarder de plus pres, ils sont plus ou moins tous, pour les plus jeunes, de la générations pré 2000. Sans compter la vielle garde, toujours présente comme EMOTO Akira ou OTAKE Shinobu.

 

Et vous, votre avis ?

Publié dans Divers

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Epikt 09/08/2008 01:37

Tiens, je viens de me taper coup sur coup un certain nombre de films jap de production plus ou moins commerciale (pas forcément un reproche, cela ne les empèche pas d'être bon à l'occasion), et ça m'a rappelé un truc qui m'agace profondément, qui rejoint un peu ce dont on parlait ici, mais que si je ne m'abuse on a pas abordé.La BO de ces films.Pas forcément entonnée par l'idol tenant le rôle titre (quoique ça arrive aussi), mais la manière avec laquelle le "thème" du film s'y intègre, que ce soit au coeur du film ou bien balancé à toute blinde dès l'entame générique, est aussi formatée qu'artificielle : on colle sur le film (ou après) une chanson qui n'a souvent pas grand chose à voir, qui détonne avec lui, qui catapulte le spectateur hors du film dès que l'écran se fait noir, bref qui n'en ferait pas partie si les impératifs commerciaux ne l'imposaient pas. Plus gerbant encore, cette chanson doit être marketable dès le trailer (les trailers de film japonais c'est horrible, tout défigurés qu'ils sont par de la pop plaquée dessus), dans une optique de communication qui - au lieu d'être "venez voir le film avec ça et ça qui se passe dedans, réalisé par Bidule avec Machin" - semble dire "venez voir le film avec telle ballade pop au générique".

Epikt 14/07/2008 16:50

Je ne me féliciterais pas que la production commerciale mette en valeur une production d’auteur [d’ailleurs je ne verrais pas ça comme ça, mais plutôt par l’autre bout : les promoteurs du cinéma d’auteur ignorent totalement la production commerciale parfois à l’exception du toujours exotique "asian extrem"].Un premier temps, du point de vue japonais, parce que le cinéma (grosso modo la qualité des films) n’a rien à gagner dans une dichotomie film d’auteur/film commercial.Un second temps, du point de vue français (excusez-moi on va dériver), parce que justement les distributeurs (et programmateurs de festival) se complaisent trop facilement dans l’auteurisme et les auteurs établis. Regardez ce qui sort au cinéma ces dernières années : si on enlève les reprises de patrimoine (sur ce plan là rien à dire), les cinéastes découverts il y a dix ans (Kitano, Kawase, Kurosawa,...) et quelques trucs surfant sur la vague manga (Death note, Shinobi,...) on ne compte que quelques films contemporains sortant de ces grandes lignes. Le mois prochain il y a Sakuran qui semble me faire mentir (quoi que : manga-like ?) mais faites un tour sur allociné et remontez le temps, vous arriverez probablement à 2006 ou 2005 avant d’avoir vu un OVNI (alors faute de mieux vous prendrez un film de Koji Yamada, qui commence à être abonné lui aussi).PS : Guillaume a bien fait de pointer l’importance du direct-to-video.PS et déviation encore (@ Loky5): j’incluais également France télévision. C’est moins pire que TF1 mais faut pas se leurrer ils ont leurs bonnes têtes aussi même si elles changent un peu de celle des chaines privées et ils ont leur formatage (fais un film d’auteur familial avec André Dussolier ou un biopic avec Sylvie Testud tu trouves ton financement direct, propose leur un film de genre sombre et bourrin ils en voudront pas plus que M6). Des films à l’esthétique de téléfilm (parce que justement conçus pour passer à la télé plutôt qu’en salle ; la salle n’étant qu’un élément de valorisation du programme) on en trouve surement plus sur le service public qu’ailleurs.(je renvois vers le fameux rapport des 13, qui développe la question sur 300 pages)(ah oui au fait, même si notre bon président y travaille, France télévision reste un service public, pas un service d’Etat ^^)(d’accord avec Europa, c’est probablement le seul producteur en France à avoir un peu les coudées franches)(même si ce qu’ils en font... no comment)

Loky5 14/07/2008 10:05

PS: Pour avoir le contrepoids nécessaire pour s'émanciper de la télévision productrice de cinema, il faudrait avoir des studios indépendants. Luc Besson et Europa Corp seront les premiers, ils proposent déjà quelque chose de différent mais pas forcément bon (à la Taken) je te l'accorde, mais ils font vivre le cinéma français.

Loky5 14/07/2008 10:00

D'abord, bel article, je te félicite. Mais j'ai envie de demander si ce n'est pas ce star system qui met en relief un cinéma d'auteur (à la Naomi KAWASE) ou alternatif (à la Takashi MIIKE) ? Parce que c'est aussi ce qui fait le charme du cinema japonais, ne pas avoir une star pour avoir un bon film, contrairement aux USA où il faut de l'acteur bankable (à la Will SMITH) en tête d'affiche ou en France un acteur proche du public (à la Kad MERAD). Quid de ses personnalités un peu batardes qui ont du talent d'acting mais avec une étiquette d'Idole, comme Hiroshi ABE ou Yukie NAKAMA ? je les prends parce que comme moi tu es fan de Trick. Ou Takeshi KITANO qui propulsé par la télé, s'est imposé comme référence du cinéma japonais moderne ?Sinon pour revenir au commentaire d'Epikt, j'espère que tu ne parlais que de M6 et TF1 voir Canal+, qui je te l'accorde correspondent un peu, surtout le second, à l'image que tu décris. N'oublie pas que France Télévision est un organisme d'état, dont le ministere de la culture utilise les bénéfices, plus pour très longtemps avec la loi anti-pub du service publique, pour produire des films en dehors du star system sur des sujets purement culturel (à la Entre les Murs).

Boutigny Guillaume 14/07/2008 11:32



Les films avec idoru mettent ils en valeur les autres ? Je ne vois pas spécialement la problematique comme cela. De façon grossiere, l'activité filmique au au Japon c'est une grosse part de
direct to video (donc exclus de facto de notre raisonnement), des films totalement mainstream avec adaptation de jdorama à la mode, drames, comédies, films d'actions grand public et puis une
infime part de films dits d'auteurs. Ces derniers correspondent aux films destinés au marché étranger festivalier (Kawase en est un bon exemple), quelques réalisateurs à succes mais à vision
d'auteur (Iwai), et les electron libres à la Miike. Ce qui est bizarre, mais en fait tout à fait normal vu que le reste est du cinema mainstream, c'est que vu d'Europe on focalise sur ce dernier
cinema. Parce qu'il correspond surement au cinéma que l'on attend. Mais Miike a t'il plus de légitimité à l'export que ceux qui font le succes du BO japonais ? (meme si dernierement miike a fait
de jolis scores).
Sur le point des stars, je pense que c'est du meme niveau qu'aux USA. Il y a dejà les idoles dont je parle dans le billet qui sont là pour attirer le public en jouant sur une mode, mais
aussi quelques gros acteurs bankables. Le probleme c'est que d'ici il peut nous sembler que le cinéma japonais n'a pas besoin de star, alors que finalement c'est nous qui ne sommes pas vraiment
au courant de la popularité qui entoure tel ou tel acteur/trice.
Derniere note sur Kitano : comme pour Miike, il est une référence pour les occidentaux.



Epikt 13/07/2008 11:51

Et heureusement qu'on ne parle pas du marché coréen !Sinon, je plusse, comme disent les jeunes.(même je veux plus de Aya Matsuura au cinéma !!!)(wééééé !!!! Ayaya vaincra !!!)(hum hum)En fait y a un truc qui m'embête avec ce genre de pratique. Je ne suis pas certain que cela soit valable sur le marché nippon, j'extrapole à partir du marché français (où on a moins d'idols mais où le vedettariat et le poids des télés sur le cinéma est une vraie plaie), mais vous allez probablement pouvoir me dire.Bref, que ce genre de comédiens "placement produit", ainsi que les films qui vont avec, existent et que ces films soient mauvais (parce que forcément on ne peut rien en faire tellement ils sont verrouillés par les agents des stars) on a le droit de s’en foutre. Ce qui commence à être vraiment gênant c’est quand la production (du film) va imposer ce genre d’acteur. Parce qu’un premier temps ça va booster les sorties salles (cf l’article de Ryurangi), mais que ça fourni également des vedettes à mettre en avant dans leurs émissions promo, ainsi que leur garantit un succès lors de la diffusion télé (donc de l’audience donc des recettes publicitaires) - et dans le cas du Japon vendre un single special vacances d'été. C’est ce qui se passe en France où il est presque impossible de produire un film sans les chaînes de télé (et où les chaînes de télé, ça partait d’un bon sentiment, ont obligation de financer le cinéma). Résultat des courses non seulement les films pourris avec des jeunes premiers au casting fleurissent, mais surtout les films qui échappent à ce formatage deviennent de plus en plus durs à produire car les financiers quasi incontournables (les télés donc) rechignent à avancer l'argent sur des projets où ils ne feront pas ce genre de bénéfice. La production ciné s’aligne sur des normes télévisuelles puisque le cinéma n’est pas un but en soit. D’autant plus vrai lorsque les producteurs sont des groupes multimédias ayant leurs billes dans différents secteurs "culturels" (télévision + musique + cinéma).Je ne sais pas comment est structuré la production japonaise et si ce que je dis peut s'y appliquer - je me demande entre autre si les studios (qui sont probablement moins "grands" qu'avant) ne font pas un peu contrepoids (ce qu'on a pas en France).