ANGEL GUTS : RED CLASSROOM
Le systeme productif des romans porno était ainsi fait. Une film qui fonctionne est un début de franchise, un appel à un second film à sortir dans les plus brefs délais. Et pour des raisons
incomprehensibles,
Angel Guts : High School Co-ed a été un succès suffisant aux yeux des producteurs pour qu'une suite
soit mise en chantier. Comme le temps est compté, la Nikkatsu fait donc appel au meme duo gagnant : ISHII Takashi au scenario et SONE Chusei à la réalisation. Et là où on pouvait s'attendre à une
certaine similarité, force est de reconnaitre que le film ne suit pas les pas de son grand frere. Ce qui n'est pas, forcément, un mal.
Muraki est un producteur de porno minutieux mais usé et blasé par des années de métier. Un jour il assiste à la projection privée d'un film sur le theme du viol et il tombe en arret devant
l'actrice dont le réalisme d'interprétation l'envoute. Ne pensant plus qu'à elle, il met tout en oeuvre pour la retrouver. Et il la rencontre finalement et découvre qu'elle est une femme détruite.
Le viol du film n'avait rien d'une mise en scene.
Oubliée la mise en scene simili punk du précédent opus. SONE revient à des recherches plus auteuristes pour transcender cette histoire finalement assez malsaine de haine de soi, de destruction et
d'amour. Dans la douleur, cela va de soi. Placant directement le spectateur en voyeur du viol de Nami, Red Classroom débute par une introduction dérangeante, anti érotique au possible. Le ton est
donné et le film ne sera pas un divertissement. D'ailleurs si la cahier des charges de scenes de sexe sera rempli, aucune sensualité n'en emergera. Le sexe dans Red Classroom est un acte
désacralisé, et non une preuve d'amour ou de désir. Viol, mais aussi scenes de sexe pendant la réalisation de film pornographique, relation mélée de violence. Le désir et le plaisir sont des
notions étrangeres à Muraki et Nami. Le premier ne les ressent pas car bien trop blasé. La seconde les rejette car à jamais marquée par son viol il y a quelques années. Et lorsque les sentiments
entre les deux protagonistes s'exprimeront, cela ne menera pas vers la relation physique. Ils n'en ont pas besoin. Ils veulent ce qu'ils n'ont jamais trouvé ailleurs.
Prenant un contre pied total à la complaisance du film précédent dans lequel le viol était un activité banalisée et sans conséquences, Red Classroom va explorer la destruction morale suite au viol
et stigmatiser ces dernières. Nami est une femme détruite à jamais. Son viol l'a déclassée au rang d'objet. Et les seules personnes qu'elle croise la reconnaisse via le film, via son supposé role.
Les relations sont donc faussées dès le départ. Et Nami s'enferme dans son role, quitte à donner ce que ses rencontres attendent. Du sexe. Nami est une non humaine qui va rever à la main secourable
de Muraki pour tenter non de survire, mais simplement vivre. Mais............... C'est là une quasi constante chez ISHII que de ne pas stopper l'inéductable. L'ambiance de Red Classroom s'en
ressent donc, de la dépravation aux scenes dites de vie classique rien ne respire la gaieté. Le pinku depressif des années 90 n'est pas spécialement loin. Dommage cependant que le film cede à la
facilité imposé par le cahier des charges. Si les quelques scenes de sexe ne sont en rien attirantes, elles s'etirent pourtant un peu trop; semblant combler un vide afin d'atteindre la durée fixée.
L'essentiel est cependant dit.
Angel Guts : Red Classroom est une réussite que l'on attend pas à la suite de High School Co-ed. Posé, subtil, à l'écoute de ses protagonistes, le film dégage un mal de vivre certain, et n'existe
pas que pour la mise en image de fantasme. Red Classroom est un film qui a finalement quelque chose à dire, en plus de de quelque chose à raconter. On s'amusera aussi à déceler dans le film une
mise en abime de la production de roman porno de l'époque via le personnage de Muraki et son métier de pornographe.
Angel Guts : Red Classroom (天使のはらわた 赤い教室)
1979
Studio : Nikkatsu
Un film de SONE Chusei (曾根中生)
Avec : MIZUHARA Yuki (水原ゆう紀), KANIE Keizo (蟹江敬三)
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