ANGEL GUTS : RED VERTIGO
10 ans. Il aura fallu 10 ans pour que ISHII Takashi se voit proposer une réalisation par le Nikkatsu. 10 ans en dents de scie, avec une période faste avant la lassitude envers le genre roman porno
et son remplacement par les AVs (films pronographiques). Pourtant la Nikkatsu continua de creuser le genre, avec divers films dont ceux du groupe qui fut nommé "The three pillars of pink", jusqu'à
Mai 1988. Plombé par les nouvelles lois dictées par l'Eirin, ainsi que la concurence imbatable des AVs, la Nikkatsu stoppa la production des roman porno. Le dernier film du genre est réputé etre
Bed Partners (ベッド・パートナー) du plutot mauvais GOTO Daisuke (後藤大輔). Le film est sorti le 25 Mai. Quelques jours auparavant, le 07, ISHII fetait la sortie de sa premiere réalisation, tant désirée
depuis ses débuts pres de quinze ans en arriere. Ce qui reste finalement formidable c'est qu'alors que le genre était enterré,
Red Vertigo portait dejà haut les graines de la troisieme vague
de pinku, à naitre quelques mois plus tard sous l'impulsion d'une nouvelle génération d'auteurs préocuppés par les déreglements sociologiques et idéologique de leur époque.
Nami est une jeune femme, infirmiere de métier, qui voit sa vie se détruire deux fois le meme jour. Des patients
tentent d'abuser violament d'elle et, lorsqu' elle rentre chez elle, elle découvre son ami en pleine action avec une autre femme. De son coté, Muraki touche le fond. Sa femme l'a quitté, il a été
renvoyé et il est poursuivi par des investisseurs à qui il a fait perdre enormément de Yens. Il décide de tout plaquer, prend sa voiture, et renverse Nami lorsque cette derniere quitte,
déboussolée, son domicile en découvrant l'infidelité de son ami.
Muraki ramasse Nami, inconsciente. Et il conduit, loin de Tokyo. Il s'arrete et pris d'une pulsion commence à abuser de Nami quand celle ci se reveille. Une fois encore elle essaie de s'enfuir,
mais Muraki la rattrape.
Affilié roman porno, Red Vertigo est pourtant bien plus proche du polar existentialiste et pessimiste, tel que le
Gonin qui fera bientot la renommée de ISHII. On est ici en plein
questionnement identitaire. La force de Red Vertigo n'est ainsi pas dans son erotisme, quelconque, mais bien dans le portrait subtil qui est dressé. Un seul portrait ? Bien que le métrage
s'articule sur deux personnages, la figure féminine de Nami n'est finalement qu'un faire valoir de luxe pour le personnage de Muraki. Mais attention ici point de mysoginie. Si Nami est effacée,
elle n'en demeure pas moins traitée avec respect. Elle est la partie manquante de Muraki. Le rouge qui se marrie à son bleu. Symbolique des personnages et des états, colere et depression, ISHII
construit l'allegrorie des sentiments sur ces deux couleurs, dont la présence confere une ambiance quelque fantasmagorique, fascinante et derangeante.
Muraki, donc. Muraki est le personnage Ishiien par excellence, qu'il soit homme ou femme. Poussé au delà des ses limites, il choisira la fuite et la violence. Pathétique autant qu'extremement
attachant, sa redemption par l'amour semble impossible. C'est aussi une constante d'ISHII, voir pour cela Red Classroom, second opus de ces Angel Guts, ou meme les futurs métrages du réalisateur
comme
Freeze Me et surtout Gonin (dans lequel ce personnage de salaryman a la dérive totale sera repris tel quel, avec le meme acteur).
Réalisé avec un budget minime, Red Vertigo etonne par les audaces formelles. La symbolique du rouge et du bleu, bien sur. Mais aussi des choix de mise en scene, de mise en abime des sentiments
qu'on ne retrouve souvent que chez des réalisateurs expérimentés. Au moment de passer derriere la caméra ISHII était dejà un auteur dont les choix étaient muris par des années de reflexion. Le
résultat est sans appel. Red Vertigo dégage une ambiance à la la limite de la poésie, avec ses longues pauses silencieuses et sans mouvement, ses décors urbains deshumanisés et vides, sa pluie et
ses déchainements innatendus.
Impecable partition, Red Vertigo est une surprise comme on aimerait en voir plus souvent. Se dégageant du roman porno, ISHII inaugure ici d'une part ses personnages et thématiques à venir mais
aussi le futur du pinku eiga japonais. Et meme sans cela, surtout sans cela, Red Vertigo est un grand petit film d'un auteur définitivement à suivre.
Angel Guts : Red Vertigo (天使のはらわた 赤い眩暈)
1988
Studio : Nikkatsu
Un film de ISHII Takashi (石井隆)
Avec : TAKENAKA Naoto (竹中直人), KATSURAGI Mayako (桂木麻也子)
Derniers Commentaires