Godzilla Acte 28 - Il nous quitta (mura)

Publié le par Boutigny Guillaume

Godzilla Final Wars

50 années de carrière et 27 précédents films qui ont fait de lui le monstre géant le plus connu du monde cinématographique avec King Kong. Des dizaines d'ennemis monstrueux défaits à coup de souffle radioactif. Des milliers d'immeubles écrasés, de tanks pulvérisés, de trains explosés, de militaires et civils grillés. Et tout ceci pour rien, grâce à l'étrange pouvoir de négation dont a fait preuve KITAMURA après que la Toho lui ait confié les rennes du film anniversaire. Du film événement censé clore 50 ans d'une des sagas cinématographique les plus enivrantes au monde. Et dans un sens, Final Wars se révèle bien être un film événement.

Depuis 1954 la saga Godzilla a connu beaucoup de revers de fortune, et de tonalités diverses et variées. Godzilla fut tour à tour destructeur, amusant, monstrueux, ami des enfants, sauveur de la terre etc... Mais Godzilla resta avant tout le maître de son monde, toujours présent au premier plan, objet de toutes les attentions, que ce soit des personnages du film ou bien des réalisateurs. Une vedette choyée comme peu l'ont été ou le seront. Jusqu'a bien sur l'année fatidique de 2004, où un certain KITAMURA se lança dans un vaste projet d'annihilation cinématographique en occultant volontairement le principal attrait du kaiju eiga : les monstres géants.

Depuis les premières apparitions de monstres géants, la Terre s’est dotée d’une force armée spécialement entraînée pour lutter contre cette nouvelle menace, dont le fer de lance est une équipe de mutants. Un jour cependant, diverses créatures attaquent de façon simultanée les grandes capitales, et l’armée se retrouve totalement dépassée. Un vaisseau spatial apparaît alors et fait disparaître tous les monstres. A son bord, des extraterrestres de la planète X qui viennent prévenir les terriens qu’une comète géante est sur le point de rentrer en collision avec la Terre.

Pourtant tout commence bien, avec le logo Toho et le thème si connu de la marche de Godzilla. Un frisson parcourt alors le corps du fan de kaiju eiga, lui hérissant le poil. Des poils qui resteront d'ailleurs hérissés devant l'hérésie de la suite. Car finalement ce Final Wars se révèle être un banal film de SF, et non un kaiju eiga, la faute à un traitement tiré vers le bas, vers les humains. La majeure partie du film est en effet consacrée à une molle lutte entre un groupe de mutants humains et un autre groupe de mutants extraterrestres qui en veulent à la Terre. Place donc aux supers pouvoirs, aux combats matrix like, aux dialogues pourris agrémentés de punch lines ridicules, avec en toile de fond quelques monstres géants par ci par là. Et Godzilla dans tout cela ? Ah oui, il faut un Godzilla, vu que son nom apparaît dans le titre. Et bien histoire de respecter la plus élémentaire des closes du cahier des charges de la licence, KITAMURA décide de la faire apparaître vers la fin, au bout de plus de 1h10 de film. Sacrilège. Mais ne soyons pas vraiment mauvaise langue, Godzilla apparaît aussi tout au début, en pré générique, lors de son combat contre le Gotengo. Le reste du temps KITAMURA filme un massacre cinématographique rempli au départ de bonnes intentions et idées.

Car pour fêter dignement les 50 ans du monstre, la Toho décide de faire un grand feu d'artifice dans lequel apparaîtraient quelques uns des monstres les plus connus de la saga Godzilla, mais aussi du monde magique du kaiju eiga et SiFi eiga made in HONDA-TSUBERAYA (respectivement père du kaiju eiga et père des effets spéciaux au Japon). Très vite, les scénaristes décident des monstres qui auront le privilège de combattre Godzilla. Quelques seconds couteaux peuvent surprendre comme Kumonga, un arachnide géant n'apparaissant que dans l’ère Showa de façon très brève, ou Kamacuras (ou Kamakiras), une mante religieuse géante anecdotique. Mais le choix des autres monstres s'avère des plus judicieux, n'oubliant pas les plus connus et aimés. On retrouve donc Anguirus, King Caesar le monstre velu protecteur d'Okinawa, Gigan le monstre alien cyber modifié, Ebirah la langouste géante, Hedorah le gigantesque tas de pollution, Minilla le fils de Godzilla, Rodan le ptérodactyle, Mothra la plus belle mite géante de l'univers et bien sur King Ghidorah l'adversaire le plus coriace film après film de Godzilla. Une bien jolie brochette, accompagnée en hors d'oeuvre de la présence de Manda, précédemment vue dans Atragon, sous marin volant qui sert ici de base créative aux Gotengo du film, de Zilla le pseudo Godzilla vu par Emmerich, et de Monster X un nouveau venu qui est le monstre allié des extraterrestres de la planète X qui veulent ici s'en prendre à notre chère planète terre. Planète X, un nom bien connu, puisqu'il fait directement référence au film de Honda de 1965 The great monster war.

Godzilla Final Wars ressemble donc un espèce de fourre tout gigantesque clamant haut et fort l'apothéose d'une carrière. Un jubilé formidable, dont la puissance attractive et jouissive n'a pas ému le moins du monde KITAMURA. Ce dernier relègue donc la totalité du bestiaire à des séquences de quelques minutes qui vont du minable au grandiose. S'il est malgré tout une chose qu'on ne peut lui reprocher c'est d'avoir su insuffler une dimension dantesque aux apparitions, furtives, des kaiju de son film. Jamais auparavant le vol de Rodan ou de Mothra n'avait dégagé autant de puissance. Jamais auparavant les mouvements terrestres et aériens des différents kaiju n'avaient parus si souples. Une réussite à applaudir car KITAMURA, faiseur fainéant, a su garder le charme principal de ce qui fait un bon kaiju : les costumes en latex ou les marionnettes géantes. Sauf pour Zilla, bien sur, qui n'est que l'énorme tas de pixels informe tel que l'ont voulu les américains. Un tas de pixels qui fait les frais d'une défaite mémorable dont la portée symbolique résume bien l'état de colère dans lequel étaient les pontes de la Toho après l'affront de Roland Emmerich. Malheureusement à deux exceptions près, jamais KITAMURA et sa caméra ne s'intéressent avec amour aux kaiju qu'il met en scène. La plupart se retrouvent vaincus en quelques secondes, même lorsqu'ils s'attaquent par groupe de 3 à un Godzilla en pleine possession effective de ses moyens. Bien sur, certains passages retrouvent par moment le souffle de folie propre à la saga Godzilla, comme le combat Godzilla Vs Anguirus, King Caesar et Rodan pendant lequel transparaît l'esprit 70's de la saga (la reprise de volée en est l'exemple le plus marquant). Mais le reste du temps, le réalisateur ne rend pas hommage au genre. Il l'oublie même, le reléguant en arrière plan et lui préférant un banal film de SF.

Car voilà finalement ce qu'est ce Final Wars, un film de science fiction racontant la lutte entre un groupe d'humains et une race extraterrestre, le tout sur fond de Kitamura's touch. Entendez par là tenues en cuir, acteurs non dirigés et sans talents, poses hyper hype, effets spéciaux etc.... Un film où la forme est la principale préoccupation, au détriment du fond. D'ailleurs il y a t'il un fond dans ce Final Wars ? Pas besoin de creuser profondément pour avouer ce qui est une évidence. KITAMURA a eu le culot de cracher sur les kaiju, et en plus il ne filme que du vide, sur la base éthérée d’un scénario vu et revu depuis les années 50 dans les films de Science Fiction. En regardant donc le film sous cet angle, il y a de quoi être largement déçu, voire même vindicatif. Alors bien sur le coté formel est ultra léché et travaillé et ce jusqu'à l’écœurement du spectateur. Les héros sont beaux, les héros ont de belles lunettes, les héros ont de beaux costumes. Les héros se battent comme des dieux à grands coups de pieds au ralenti, et de décharge psionique faisant passer certains moments pour un remake grand luxe et live de Dragon Ball. Et ce ne sont pas les halos d’énergie pure entourant le héros, ou bien la coiffure du méchant qui se retrouve plus pointue (vive le gel) lorsqu’il s’énerve qui viendront contredire ce point. KITAMURA n’a ni plus ni moins fait qu’un énorme toku pour enfant gâté, où Godzilla et autres kaiju ne font office que de robots géants que les personnages principaux lancent à l’attaque en fin d’épisode, afin de savoir qui a la plus grosse.

Pourquoi avoir mis les humains, ces ridicules insectes rampants et fragiles, au premier plan de ce qui aurait pu être le kaiju eiga ultime. Pourquoi avoir fait l’impasse sur les bases même d’un genre ultra codifié. A trop vouloir se démarquer et cela même sur la musique, Final Wars ne comportant aucun des thèmes relatifs aux kaiju apparaissant à l’écran (non, aucune chanson de Mothra ! désolé), KITAMURA a commis l’irréparable. Il a enterré un genre qui ne le méritait pas. Pauvre Godzilla qui n’aura au final pas eu la sortie qu’il mérite après tant d’années de bons et loyaux services. Finir sa carrière dans un film autre qu’un kaiju eiga est une véritable insulte, qui pourtant mérite une indulgence disproportionnée. Car certes Godzilla Final Wars est un mauvais film, mais finalement il regorge de moments de bravoures qui magnifient les quelques rares moments où les monstres crèvent l’écran. Et le fan de kaiju eiga étant un être au cœur tendre, il ne pourra que fondre de plaisir devant le spectacle, apothéose visuelle d’un genre déchu quelques secondes plus tard.


Godzilla Final Wars (ゴジラ ファイナルウォーズ)
2004
Studio : Toho
Un film de : KITAMURA Ryuhei (北村 龍平)
Avec : MATSUOKA Masahiro, KIKUKAWA Rei, KITAMURA Kazuki, Don FRYE, KOSUGI Kane, SAKAGUCHI Tak, MIZUNO Maki

Publié dans Cinéma Japonais

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slimdods 15/07/2008 09:48

Voilà mon premier Godzi Jap qui j'ai regardé. J'avais trouvé ça assez sympa, gentillet et plein d'action. C'est vrai que l'histoire, l'émotion, le cast : rien, nada. M'enfin, maintenant que je connais un peu mieux le background d'un "vrai" Kaiju, je pense qu'une autre vision s'impose...pour mieux l'aimer ou mieux le tuer, hihi. Yop

Boutigny Guillaume 15/07/2008 14:32


Tu as bien de la chance d'avoir commencé par le pire. Ca permet d'apprecier les autres, et meme les délires naifs des années 70.