Deux hommes et une femme (ba da ba da da ba da ba da...) à HK

Publié le par Boutigny Guillaume

SUMMER HEAT

A l'instar de son ex collègue de la Nikkatsu, UMETSUGU Inoue, NAKAHIRA Ko a lui aussi cédé aux sirenes de la Shaw Brothers, principalement pour ne pas se retrouver au chomage du fait de la crise cinématographique qui commencait à poindre sur l'archipel. Et comme UMETSUGU, il débute par un remake d'un de ses propres films, Yarô ni kokkyô wa nai (1965, 野郎に国境はない), avec KOBAYASHI Akira) sous le titre de d'Interpol. Puis il enchaine sur un film original, Trapeze Girl, avant de revenir sur les toiles hong kongaises avec un second remake, mais pas n'importe lequel. En effet avec Summer Heat, NAKAHIRA Ko s'attaque à une nouvelle version du film qui est considéré comme son chef d'oeuvre, Crazed Fruit. En considérant l'impact de ce dernier film sur la génération dite "Nouvelle Vague", NAKAHIRA s'attaquait là un pari risqué. Mais grace à un habile mix de relecture du sujet et de décalque formelle, Summer Heat arrive à éviter le naufrage.

Relecture car NAKAHIRA Ko a compris que Crazed Frit était avant un film générationnel, et que par conséquent le reprendre tel quel 12 ans apres serait une erreur. Malheureusement, au lieu de replacer l'intrigue dans un contexte contemporain, le réalisateur ne fait qu'effacer le coté sociologique de l'original. Exit donc le questionnement sur l'avenir et le portrait d'une jeunesse en quete de sens. Summer Heat se place simplement du coté des nombreuses romances que la Shaw Brothers produit alors. Pour le reste du scenario, on y retrouve les memes ingrédients, à savoir le déchirement d'une femme entre deux hommes, deux freres. Nonobstant, en allégeant le contexte de son piment, les portraits ainsi dégagés manquent d'impact. Là où finalement Crazed Fruit trouvait sa force dans cet ubiquité femme charnelle - femme romantique, Summer Heat n'arrive pas à convaincre sur le plan de l'hesitation entre acceptation des désirs et désirs de romantisme adolescent. Le portrait de l'héroine n'a plus la force, malgré le regard profond de la magnifique (on ne le dira jamais assez) Jenny Hu.

Décalque formelle car finalement Summer Heat ne fait que reproduire les mises en scenes, les cadrages, les sons, l'enchainement des evenements. L'art de NAKAHIRA Ko fait pourtant toujours mouche et on se prend à déguster quelques belles compositions, auxquelles il ne manque que le N&B. L'époque ne s'y pretait pas, surtout dans le contexte de production de la Shaw Brothers. Mais avec son grain si particulier, Crazed Fruit avait un parfum d'erotisme retenu lors des caresses de la caméra sur les jambes de KITAHARA Mie, ou de violence dans le regard de SUGAWA Masahiko. La couleur, mais aussi le rythme choisi par le réalisateur, bien moins posé pour laisser prépondérance aux dialogues, a tué le coté langoureux et charnel de cette histoire de femme. C'est peut etre bien là le véritable reproche que l'on pourrait faire à Summer Heat. Car au final le produit ne se revele pas si mauvais que cela, principalement dans sa derniere partie qui reprend à son compte, et avec justesse, le denouement du drame (a ceci pret que la scene finale est legerement trop demonstrative)

Summer Heat se digerera surement mieux si on le regarde avant Crazed Fruit, comme un simple film de romance dramatique pour passer une soirée SB sympathique. Mis à coté de son jumeau japonais, on est en droit de n'y voir qu'une pale copie sans sel, sans fond. NAKAHIRA Ko réalisera encore une film, Diary of a lady killer, avant de revenir au Japon, en pleine crise des 70, pour tourner à la Toho quelques films mineurs.


Summer heat aka Money, Sex and Love
1968
Studio : Shaw Brothers
Un film de NAKAHIRA Ko (中平康)
Avec :  Jenny Hu Yan Ni, Chin Han, Yang Fan

Publié dans Cinéma Japonais

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