ICHIKAWA by IWAI ! His Story of a film maker

Publié le par Boutigny Guillaume

THE KON ICHIKAWA STORY

En 2006, ICHIKAWA Kon s'attaque au remake de son plus gros succes mainstream, le film emblématique de la Kadokawa : The Inugami Family. Des producteurs cherchent alors à profiter de l'occasion pour réaliser un portrait du réalisateur; un des derniers survivants, actif, des 50 dernieres années de l'histoire cinematographique japonaise. IWAI Shunji accepte le projet, principalement porté par son amour de la filmographie de ICHIKAWA Kon.

IWAI va donc rencontrer ICHIKAWA pendant de longues heures. Ils vont parler, discuter et finalement sympathiser. Malgré la différence générationelle un échange va s'installer et une complicité se nouer. IWAI va rentrer dans l'intimité d'ICHIKAWA. Et c'est cette intimité qu'il décidera de mettre en scene dans The Kon Ichikawa Story. L'angle d'attaque choisi a de quoi laisser perplexe, mais n'en demeure pas moins interessant. N'est ce pas là finalement l'interet du documentaire que de laisser le choix artistique au réalisateur du moment que la réalité est rapportée ?

De réalité il est question, forcément. Mais pas de grande histoire s'appuyant sur l'oeuvre immense d'ICHIKAWA. IWAI a choisi la petite porte, et nous livre rien de moins que ses pensées. On a souvent l'impression que IWAI est là en direct avec nous. Que la multitude de cartons noirs où sont écrits des phrases morcellées le sont en direct. On écoute IWAI penser, se rappeler des détails qui l'ont touché : l'envie irrepressible de réalisation, la collaboration avec WADA Natto, l'annonce de la maladie de cette derniere. Et comme dans tous les souvenirs marquants pour celui qui raconte, c'est empli de détails insignifiants mais indissociables comme l'etat du couloir du Studio, le temps qu'il faisait. C'est quelque fois génant de se glisser comme voyeur entre IWAI et son idole. Mais la magie opere. Le rythme hypnotisant de l'enchainement des cartons (la majeure partie du documentaire) se marrie aux extraits de films méconnus, et à quelques images d'archives interessantes. Et quand IWAI est dans l'impossibilité de se reposer sur du visuellement concret il met lui meme en scene la réalité par d'amusantes manipulations d'images (un hommage à la passion premiere d'ICHIKAWA ?).

The Kon Ichikawa Story transpire l'admiration d'IWAI pour le vieux réalisateur. Impossible de la nier. Mais l'angle de réflexion choisi est peut etre un peu trop personnel pour renseigner sur ICHIKAWA. On parle ici de ressenti, de conversations rapportées. D'ailleurs jamais ICHIKAWA n'intervient en direct. Le sujet du documentaire en est absent si ce n'est pas quelques images. Il ne s'exprime pas, pas plus que des gens qui auraient pu le cotoyer. Seul IWAI parle. Le documentaire est un monologue, qui aurait pu tout aussi bien etre édité en livre, en receuil de pensées dont le postulat de départ est qu'il est acquis qu'ICHIKAWA est un réalisateur majeur. Pas besoin, donc, de s'apesentir à le rappeler; ou meme l'expliquer.

Faut il alors se pencher sur The Kon Ichikawa Story quand on recherche d'abord à se renseigner sur ICHIKAWA ? au delà de ce qui a été dit, IWAI reste quand meme objectif dans son discours. Il raconte, mais son jugement n'intervient jamais; restant donc dans le cadre défini du documentaire. Alors oui on apprend quelques choses dans ce film. On y retrouve aussi de longues sequences rares, principalement au début avec des animations et des fragments de Musume Dojoji (A girl at Dojo Temple, 娘道成寺), le film de marionnette réputé perdu d'ICHIKAWA. Et on se surprend à raler quand IWAI passe en une fraction de seconde sur des films que nous, occidentaux, jugeons majeures comme L Harpe de Birmanie pour se focaliser sur Dix femmes en noirs (Ten dark women, 黒い十人の女) par exemple. Est ce alors un choix d'Iwai ou une marque de préférence des japonais en général ? Toujours est il que The Kon Ichikawa Story est indeniablement sincere, presque touchant dans sa démarche. Mais limite autiste aussi. Un bon complément à l'ouvrage de référence, Kon Ichikawa, édité en anglais.

Une question demeure à la toute fin : quand un éditeur va t'il enfin se décider à éditer une partie de l'oeuvre démesurée d'ICHIKAWA ? hein, quand ?


The Kon Ichikawa Story (市川崑物語)
2006
Un documentaire de IWAI Shunji (岩井俊二)

Publié dans Cinéma Japonais

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Epikt 06/07/2008 00:13

Etonnant que cela soit un travail de commande. Enfin, pas qu'Ichikawa suscite l'intéret des producteurs, mais qu'ils acceptent le projet de Iwai et son parti-pris peu courant. Autiste comme tu dis, intime aussi. Mais d'un point de vue documentaire il est un peu léger (je sais pas le nombre de pages que peuvent représenter les cartons, mais ça ne fait pas des masses) si ce n'est quelques documents d'archive de derrière les fagots.Alors je me demande si le film n'est pas plus indiqué aux fans de Iwai qu'à ceux d'Ichikawa. C'est d'ailleurs probablement ainsi que je l'ai vu (faut dire aussi que je connais bien mieux le premier que le second), un film "sur Iwai" et sa vision d'un cinéaste qui a été pour lui une influence fondamentale.

Boutigny Guillaume 06/07/2008 02:04


Je pense sincerement qu'au préalable du documentaire il faut se dire que ce n'est pas une explication de pourquoi Ichikawa est un bon réalisateur. Iwai a passé le cap, c'est un acquis. Il va donc
ailleurs, dans la branche de l'intime, et du quelques fois inutile. C'est plutot frais, hypnotisant et sincere. Mais ca peut lasser, si on vient y chercher seulement du Ichikawa. Il s'agit avant
tout de Iwai qui parle d'Ichikawa.