Vendredi 4 juillet 2008
LA HARPE DE BIRMANIE

Il y a des parcours difficiles à suivre, alternances de genres ou d'impacts idéologiques avec quelques fois des amplitudes marquées. Dans le cas particulier de ICHIKAWA Kon, s'il est indéniable que sa période mainstream et plutot orientée divertissements haut de gamme à partir de la seconde moitié des 70's est de haute tenue, il faut surtout marquer au panthéon ses oeuvres réalisées entre 1950 et 1965; ses oeuvres scénarisée par sa femme, WATTA Nado, dont une partie ne reçu qu'une reconnaissance tardive à postériori quand le réalisateur passa par un succès local mais aussi une reconnaissance mondiale. Ce fut en 1956. Pour La Harpe de Birmanie.

Birmanie. Fin de la seconde guerre mondiale.L'unité commandée par Inoue se rend sans violence à l'armée anglaise quand elle apprend que leur pays, le Japon, a capitulé quelques jours auparavant. Inoue demande alors à Mizushima, le soldat emblematique du groupe de part ses talents de harpiste qui savent toujours rassurer ou ravir les autres soldats, de convaincre une unité japonaise retranchée de se rendre. Sur place Mizushima ne peut malheureusement ammener ses compatriotes à la rédition sans violence. Et quand les Anglais attaquent, il est laissé pour mort. De son coté l'unité d'Inoue est ammené dans un camp de prisionniers et, sans nouvelles de leur ami, s'inquiete de son sort. Jusqu'a ce qu'ils croisent sur un pont un moine birman ressemblant trait pour trait à Mizushima.

Il y a beaucoup à dire sur la Harpe de Birmanie, peut etre beaucoup trop pour ne pas paraitre analitique, historien et psychologue. En ramenant un roman à la base fantaisiste, conte pour enfant, à des éléments purement ancrés dans le réel, la scenariste WATTA Nado a donné corps à un discours emplein d'humanisme entier, bien plus que de message spécialement anti guerre, pacifiste. Car de la guerre, s'il en est question dans La Harpe de Birmanie, ce ne sont que des faits passés, hormis le dernier sursaut de fanatisme d'une unité, dont l'étendue des horreurs n'est que tres peu montrée ostensiblement. De la guerre il ne reste qu'un état d'esprit dans le comportement des soldats. Non ce dont il question dans La Harpe de Birmanie c'est de devoir et d'universalité.

Devoir d'aller de l'avant. Inoue et ses hommes representent ce pendant du film. Ils sont vivants. Mais plus que vivants ils sont miraculeusement épargnés de la conscience éveillée des horreurs de la guerre. Ils ne sont rien de plus que ce qu'ils étaient au départ, ouvriers, livreurs, réveurs. D'ailleurs leur idéal est de retourner à leur condition initiale. Bien sur le combat, pour la gloire de l'Empire, les a surement souillés mais leur moral a été préservé par la cohésion et le chant. A cet effet le groupe de Inoue, Mizushima compris quand il est encore avec ses camarades, semble vivre dans un utopie pleine d'optimisme. Ils sont déconnectés de la part la plus sordide de la réalité de la guerre. Et cette innocence préservée fera d'eux les meilleurs candidats à la reconstruction. Non hantés par les horreurs, stables, Inoue et son unité sont les fondations solides du Japon d'apres guerre. Ils sont débarrassés du dévoir de mémoire

Devoir de mémoire. C'est la tache que le destin va mettre entre les mains de Mizushima, et que ce dernier va accepter. En rentrant retrouver son unité, Mizushima va peu à peu prendre conscience des conséquences humaines de la guerre dont l'utopie de groupe l'avait jusqu'a lors protégé. Et en meme temps qu'il revetira l'habit et la philosophie de moine, il s'eveillera. Par cet habile parrallelisme entre les principes religieux et l'apprehension de l'environnement, le film va conduire Mizushima a relativiser et perdre sa naiveté. Pour lui rien ne comptera à part rendre la dignité perdue aux milliers de morts, laissés sur les bords des routes, à l'abandon. Mizushima se condanne à porter en lui les souffrances des morts. Il ne pourra plus rentrer. Il est la mémoire des horreurs de la guerre: mémoire qu'il ne transmettra jamais.

Universalité. C'est finalement le theme le plus important de La harpe de Birmanie. Et tant Inoue et ses hommes que Mizushima en sont les détenteurs. Universalité de la musique qui remplace les mots entre personnes qui ne se comprennent pas. La musique pour faire écho aux sentiments, et pour rapprocher ceux que la guerre avaient placés dans des camps ennemis. Au fil d'un des scores les plus admirables de l'histoire du cinéma japonais signé IFUKUBE AKira, les ames se fondent en une fraternité, et résonnent collectivement. Inoue et ses hommes utilisent le chant comme vecteur, et trouvent le répondant chez les Anglais ou les Birmans. Mizushima quant à lui pousse plus loin la médiation en remplacant instinctivement les paroles par les nuances musicales de sa harpe. Et quand il joue, son discours est à jamais d'une clarté absolue. L'humanité dégagée devient universalité. Et Paix.

La harpe de Birmanie n'est pas un film sur la guerre. Ou sur ses conséquences. La harpe de Birmanie est simplement une fable empreinte de réalisme, dans laquelle les actions des personnages ne sont que symboles. Il s'en dégage neanmoins une force emotionnelle et idéologique d'une rare puissance. Peut etre le plus beau conte sur la guerre jamais tourné. Et surement le plus beau film de ICHIKAWA Kon.

NdR : à l'origine diffusé en deux partie, La Harpe de Birmanie a ensuite été remontée et expurgée de nombreuses scenes pour la version finale que tout le monde connait (et qui fut recompensée). Visiblement marqué par cette décision des Studios, ICHIKAWA Kon a décidé en 1985 de refaire une nouvelle version, plus longue, de son chef d'oeuvre.

The Burmese Harp (ビルマの竪琴) aka Le Harpe de Birmanie
1956
Studio : Nikkatsu
Un film de ICHIKAWA Kon (
市川崑)
Basé sur un roman de TAKEYAMA Michio (竹山道雄), adapté par WADA Natto (和田夏十)
Avec : YASUI Shoji (安井昌二), MIKUNI Rentaro (三國連太郎)
Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire - Publié dans : Cinéma Japonais
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