L'HOMME DE LA TEMPETE
Avec son ouverture jazzy et nerveuse au rythme d'un travelling plongeant dans le Tokyo des night club et entrecoupée de freeze screen novateurs,
L'homme de la tempete parait 15 ans en avance
sur ton temps. On pense bien sur à FUKASAKU Kinji, la rage et la violence de la mise en image en moins, ou meme à SUZUKI Seijun. Pas encore tout à fait Nikkatsu Action, mais déjà presque plus
Taiyozoku, le film est une sorte de chainon de l'évolution logique de la maison Nikkatsu dans cette fin des années 50; mutation indisociable de la figure majeure du moment ISHIHARA Yujiro.
Donner au public ce qu'il désire voir. Pour les spectateurs masculins, un jeune homme rebelle, nonchalant, en quasi perdition. Mais un jeune homme attachant, sur de lui. Le tout avec une dose de
chanson, pour faire chavirer le coeur des demoiselles au son du timbre crooner du héros, et assurer de fait des ventes confortables sur le disque qui suivra. La recette est simple, presque
convenue. Mais donner au public ce qu'il désire voir ne veut pas forcément dire présenter un produit calibré sans surprises.
Miyako est la patronne d'un club de jazz à la mode. Mais le batteur de son groupe phare, Charlie, a changé de manager pour promouvoir sa carriere. En recherche d'un nouveau batteur, Miyako accepte
la proposition d'une connaissance de prendre à l'essai son frere, Shoichi. Ce dernier se revele etre un batteur de talent, mais son caractere explosif pourrrait se retourner contre lui. Dès les
premiers sets, le succes est pourtant au rendez vous. Assez, pour reveiller la jalousie de Charlie qui voit dans Shoichi un rival tant sur le plan artistique qu'amoureux.
A la barre on retrouve un honnete artisan du systeme japonais, UMETSUGU Inoue. Formé à l'ecriture et la réalisation dans diverses Majors, UMETSUGU était surtout à ce moment le réalisateur idéal
pour un tel projet mélangeant action, romance et musique. En effet, passionné de musique (et musicien à ses heures perdues), il était surtout habitué aux films musicaux depuis son passage à la Shin
Toho et avait dejà travaillé, depuis son arrivée à la Nikkatsu quasi deux ans auparavant, à deux reprises avec la star du film. Quoiqu'il en soit à l'époque la choix du realisateur importait moins
que celui dont le nom ornerait alors l'affiche. Mais UMETSUGU Inoue fut retrospectivement une excellente idée. Car en bon faiseur (quelque fois à la chaine) le réalisateur a su etre assez malin
pour s'effacer devant son acteur tout en ammenant un caractere rythmé à la mise en scene. Certes L'homme de la tempete n'est pas novateur une fois passé sa sequence d'ouverture. Mais il porte la
marque de ces films dits mineurs qui ont été tournés avec une réelle conviction formelle. Le résultat final est donc parfaitement maitrisé dans le rythme et dans la mise en scene. Mais en toute
honneté L'homme de la tempete serait certainement tombé dans un oubli presque certain si ce n'etait ISHIHARA Yujiro. Le film est entierement, completement et seulement à sa gloire.
Incarnant une fois de plus l'archetype qui a fait son succes depuis une année, ISHIHARA interprete un musicien impulsif et anticonformiste, qui brule la vie par les deux bouts. Le personnage est un
recurent de l'époque, mais le charisme de l'acteur transcende souvent le calibrage de ce modele de scenario pour faire naitre un anti héros magnifique et paumé. Et meme si les rebondissements de
l'histoire se revelent métronimiques (trahison, coup de blues, duel, aveu d'amour etc....), il y a de quoi rester les yeux rivés sur la démarche nonchalante, le regard de lover, l'attitude
provocatrice du héros. Bien sur , sous des dehors anarchistes, le personnage de Soichi est un profondément en ligne avec ceux qu'ils n'ait pas censé representer; les spectateurs. Il faut que
ces derniers puissent se plonger à corps perdus dans cet erstaz de rebelle pourtant immensement conformiste. Mais l'important n'est pas là. Le film se construit autour de ISHIHARA Yujiro et de
quelques passages musicaux qui forgeront une partie de sa légende comme cette chanson à la batterie dont la mélodie à la propriété de rester dans les mémoires à la premiere écoute.
Gros succes lors de sortie peu avant le nouvel an 1958, L'homme de la tempete est une curiosité que certains nommeront mineure. C'est pourtant un film dans son époque, témoignage d'une honneté
artisanale doublée d'une présence de star. Pas de quoi se relever la nuit, c'est évident; mais largement de quoi passer une bonne soirée en tapant du pied en rythme.
NdR : La Nikkatsu produira un remake de ce film en 1966, pour promouvoir quelques uns de ses nouveaux poulains comme MASUDA Toshio en réalisateur, mais aussi WATARI Tetsuya et KAJI Meiko (sous
son vrai nom de OTA Masako, pour son 15eme film).
De son coté, UMETSUGU Inoue se remakera en 1967 lors de sa carriere au sein de la Shaw Brothers. Puis en 1983, il réiterera dans l'auto remake pour une quatrieme version au sein de la
Toho.
Man who causes a storm (嵐を呼ぶ男) aka L'homme de la tempete
1957
Studio : Nikkatsu
Un film de UMETSUGU Inoue (
井上梅次)
Avec : ISHIHARA Yujiro (石原裕次郎), KITAHARA Mie (北原三枝), AOYAMA Kyoji (青山恭二), SAYO Fukuko (小夜福子), OKADA Masumi (
岡田眞澄)
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