Vendredi 4 juillet 2008
THE INUGAMI FAMILY

Visage méconnu de ISHIKAWA Kon que cette seconde partie de sa filmographie. Reconnu internationalement pour des films d'auteurs aux discours engagés, on peine à imaginer un visage commercial à ce réalisateur. Pourtant.

Le doyen de la famille Inugami est sur le point de mourir. Sa famille est réunie à son chevet, pour entendre ses dernieres paroles. Le notaire de famille confirme alors que le testament ne pourra etre lu que lorsque tous les membres de la famille seront réunis. Stupeur. Pourtant revenu de la guerre, un des petits fils ne s'est jamais représenté à la demeure familiale. Qui sera le bénéficiaire de l'immense fortune du chef de famille ? Seul le clerc de notaire qui a lu le testament le sait. Et il a averti le détective KINDAICHI Kosuke qu'une tragédie sanglante inéductable est sur le point de se produire au sein de la famille. Pourtant les deux n'auront jamais le temps de se rencontrer. Le clerc de notaire est retrouvé mort peu apres l'arrivée de KINDAICHI Kosuke, empoisonné. Et quelques temps plus tard le petit fils prodigue réapparait, méconnaissable car horiblement défiguré à la guerre. La famille enfin réunie attend maintenant la lecture du testament, dont le contenu atise la haine contenue entre les différents membres. Peu apres, la tete d'un des trois petits fils du feu doyen est retrouvée plantée sur une des statues du jardin.

Passé la frénésie et la violence des yakuza eiga des années 70, sous l'impulsion majoritaire de FUKASAKU Kinji, le public japonais, d'un cinema pourtant en recession, se passionna pour les films noirs, à la sauce japonaise. Et au pays du soleil levant, films noirs ne rime souvent qu'avec trois noms passés à la postérité : MATSUMOTO Seicho (松本清張) surnommé le Simenon japonais, mais aussi dans un registre plus teinté de fantastique l'indétronable EDOGAWA Rampo (江戸川乱歩) et le méconnu en occident YOKOMIZO Seishi (横 溝正史). C'est d'ailleurs de lui dont il va etre question ici. YOKOMIZO est le père d'un des detectives privés les plus célèbres de l'archipel. Un mythe populaire qui a dejà traversé 60 ans de littérature, cinema et manga. Un mythe qui a meme enfanté un héritier dont les aventures sont éditées en France, en manga. KINDAICHI Kosuke.

KINDAICHI Kosuke est une curiosité, un anti héros par excellence, un spectateur passif qui maitrise pourtant toujours la situation. Usant d'une méthodologie rappelant les classiques de Agatha Christie, Hercule Poirot en tete, le detective est un spectateur cérébral qui n'agit finalement que lorsqu'il certain d'avoir résolu le mystere. Et c'est donc à travers ses yeux, plutot qu'a travers ses actions frisants la léthargie, que ICHIKAWA Kon va articuler son récit. Et c'est là la force des romans et par extension du film. Le déroulement de l'histoire va laisser flotter les indices, les fausses pistes. Au spectateur de devenir enqueteur, et démeler au fil des minutes, des dialogues et des situations le fil de cette histoire de haine et d'argent. Il y a dans The Inugami Family une interactivité tout à fait surprenante. A se prendre au jeu de l'enquete, le spectateur se plonge sans ménagement dans la minutie portraitiste du réalisateur. Car sans personnages consistants, plus de film.
Usant de longues expositions le film prend le temps de faire le tour des personnalités qui composent la dramaturgie. The Inugami Family est un huis clos consistant, où chacun tente de cacher sa part d'ombre, où chacun joue son jeu du pouvoir, où chacun a quelque chose à se faire reprocher, à se reprocher. Explorant minitieusement les motivations par de longs dialogues, et des cadrages sérrés sur les visages, pour y lire les yeux, ICHIKAWA Kon fourni un film fleuve où pourtant aucun minute n'est inutile.

ICHIKAWA a toujours eu cette réputation de peu improviser, de s'en tenir à ses storyboard précis et minutés. Il maitrise le rythme avant de dire Action. Et ce travail préparatoire, s'il peut quelque fois etre conspué chez d'autres réalisateurs, trouve ici une plénitude et une pleine justification. En l'etat The Inugmi Family ne soufre d'aucune longueur, et d'un dosage parfait entre rebondissements, enquetes et introspections. Un cas d'école. Un modèle d'horlegerie, doublé d'une réalisation appliquée qui s'offre quelques fois des moments de folie. Les enquetes de KINDAICHI Kosuke ont ceci de particulier qu'elles versent dans le fantastique. Mais point de yokais serial killer, la pointe de fantastique trouve toujours une explication rationnelle (une comparaison farfelue serait de faire un parrallele avec Scoubidou). Et ICHIKAWA n'a pas oublié ce point en versant, sans préavis, dans des disgressions visuelles et sonores qui n'auraient pas déparaillées au sein d'un kaidan eiga. Ralentis floutés, jeu d'ombre, surexpositions, filtres sont usés en totale opposition à la réalisation académique du reste du film. Les passages formellement différents n'apparaissant que pour illustrer des points de vue, ICHIKAWA Kon renforce alors le caractere incertain des déclarations, et force la suspiçion.

Bien sur, The Inugami Family n'est pas exempt de défauts au rang desquels une fin peut etre trop prévisible de par son classicisme policier. Mais à bien y regarder le spectateur comprend la majorité des choses peu ou prou dans le meme timing que KINDAICHI. Gros succès au Japon, le film a relancé ICHIKAWA sur le devant de la scene. Et dans cette période de morosité cinématographique où le film policier était à l'honneur le réalisateur continuera dans cette voie avec d'autres adaptations des aventures de ce detective atypique, mais attachant. Dans tous les cas, The Inugami Family est un grand film de divertissement. Et c'est beaucoup.


THE INUGAMI FAMILY (犬神家の一族 )
1976
Kadokawa
Un film de ICHIKAWA Kon (崑 市川)
Avec : ISHIZAKA Koji (石坂浩二), TAKAMINE Mieko (高峰三枝子), AOI Teruhiko (あおい輝彦)

Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire - Publié dans : Cinéma Japonais
Retour à l'accueil
 
Blog : Mode & Beauté sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus