Des propriétés bénéfiques de l'histoire japonaise sur vous

Publié le par Boutigny Guillaume

Histoire japonaise et cinéma japonais

Suite à un échange de commentaires chez Wildgrounds, un premier grand débat est lancé dans le cadre du cycle Cinema Japonais, Edition Juillet 2008. Je ne pensais pas me lancer si tot dans le discussion, mais Asiaphilie ayant pris l'initiative du premier billet, je me sens obligé de suivre la marche. Le débat porte donc sur un point crucial pouvant rapidement etre résumer ainsi : Connaitre meme sommairement l'histoire japonaise aide t'il à mieux comprendre les films ?

Culturellement le film populaire japonais se repose en majeure partie sur la figure historique du samourai, personnage / caste ayant évolué sur une large période historique japonaise. Des luttes pour le pouvoir du clan Taira pendant la période Heian aux sursauts d'honneur des Satsuma à la fin de l'ere Meiji, en passant bien sur par l'époque d'Edo durant laquelle la mythologie du samourai s'est véritablement ancrée, le samourai peut etre et a été traité sur une longue période s'etalant sur environ 11 siecles. Or, le Japon a une histoire compliquée, alambiquée, faire de multiples pouvoirs, de centaines de guerre, d'alliances et traitrises en tout genre; tout cela compliqué par des écrits romanesques dans lesquels la vérité se confond dans un carcan d'imaginaire populaire. L'histoire japonaise est donc mouvementée. La connaitre ne serait ce que superficiellement aiderait il à mieux aborder les films dits d'époque. Vaste question rhétorique à laquelle je serai tenté de répondre NON, QUOIQUE..... (je suis normand, c'est donc normal)

Le cinéma est un art du divertissement. Et l'art n'a pas besoin de culture, mais de ressenti avant tout. Le fait d'avoir les clés techniques et culturelles d'une oeuvre, cinématographique ou non, ne changera jamais le fait d'aimer ou ne pas aimer cette oeuvre (oeuvre que l'on restreindra maintenant au contexte cinématographique pour plus d'aisance). Prendre plaisir, ou non, à regarder un film est clé, unique et majeure, de l'approche que l'on aura plus tard. L'appreciation ne se juge que par subjectivité, et n'a que faire des remarques objectives. D'ailleurs énormément de films japonais n'ont pas besoin de véritable contexte pour (sur)exister. Prenons le cas par exemple d'un film maintenant passé dans le patrimoine : Les Sept Samourais. Le film de KUROSAWA a l'intelligence de fondre subtilement le contexte historique dans sa trame scenaristique. Toute connaissance historique n'a alors pas lieu d'etre. Le film existe seul, dans un contexte précis que tout spectateur comprend petit à petit. Les théses sur la condition paysanne de l'époque sont superflues, voire déplacée. C'est en fait là que l'on reconnait les grands films dits de période. Savoir faire exister le contexte. Un autre exemple parlant dans sa justesse de présentation de contexte est la trilogie récente de YAMADA Yoji (dont Le samourai du crepuscule) sur la caste des samourais pauvres et obligés de travailler malgré leur rang. Mais si de nombreux films sont dans le meme cas que le chef d'oeuvre de KUROSAWA Akira, d'autres, plus nombreux, évacuent toute idée de s'accrocher à un réalisme historique précis. Ces films mettent en effet en avant une figure archetypale aimée du public. Qu'elles soient samourai, shogun, ronin, voleur ou meme geisha, ces figures immuables et imperissables portent les films. Archetypes populaires, leurs comportements ne varient que peu et donnent au public ce qu'ils sont venus voir. Et bien qu'ancrés dans une période historique particuliere, cette derniere n'a que fonction de decorum, donnant le ton des costumes et modeles architecturaux à présenter. Filmés par paquets de 10 par les grands Studios des les années 30 à 60, ces films d'époque n'ont d'autres valeurs intraseques que celles du divertissement pur jus. Et cela n'enleve rien à leurs qualités, calibrées mais honnetes. Dans le lot citons les séries (puisqu'il faut les appeler comme cela) liées aux personnages tel que Kurama Tengu, Tange Sanzen ou Nemuri Kyoshiro.

Pourtant au delà des figures archetypales, le cinéma d'époque japonais repose aussi sur des personnages historiques précis, portés aux nues par une culture populaire qui tend bien sur à déformer la vérité historique en un fantasme romanesque. Il y a bien sur les personnages du clan Taira ou Minamoto, largement décrits dans le Heike Monogatari (Dit des Heike), mais surtout une multitude de personnages que tout le monde connait au moins de nom qui ont vécus pendant une période s'etalant de 1550 à la fin du 19eme siecle. Parmi eux citons MUSASHI Miyamoto, TOKUGAWA Ieyasu, YAGYU Jubei. Des personnages évoluant dans des périodes propices aux films d'action et d'intrigues car évoluant dans une période riche en guerres et alliances. De part leur statut de personnages iconiques les quelques hommes repris ci avant, et d'autres, ont fait l'objet de nombreux films dans lesquels se marriaient allegrement réalité et romanesque. Il est d'ailleurs difficile meme aujourd'hui de faire un bilan doctoral de la vie de quelqu'un comme YAGYU Jubei. S'il est acquis qu'il n'a surement pas combattu des démons revenus des enfers comme dans Samourai Resurection, son activité de bretteur et d'espion est encore mal délimitée. Ce personnage (culte pour moi) apparait soit en personnage principal soit en filigrane dans de tres nombreux films. Et il fait partie de ces quelques figures qui sont plus facilement appréhendables une fois remises dans leur contexte historique mais aussi familial. Les Yagyu. Si la série Baby Cart les place instansiblement comme corrompus et avides de pouvoir, leur statut acquis aupres du shogunnat laisse place à maintes interpretations qui peuvent soit etre acquises en visionnant un multitude de films, soit en connaissant les bases du regne des Tokugawa. C'est d'ailleurs principalement à mon sens sur le regne des Tokugawa qu'un semblant de connaissances historiques s'avere necessaire. Alors certes l'action d'une série ancrée dans un réalisme historique non fantaisiste comme celle des Shinobi No Mono peut se suivre sans trop de problemes malgré le nombre important de protagonistes en arriere plan dont la présence n'est pas expliquée puisque faisant partie d'un bagage culturel mais aussi romanesque que la plupart des japonais ont (comme les 36 mousquetaires par chez nous, par exemple). Mais justement cette implication sans introduction de personnages précis peut rapidement sembler hermétique laisse un flottement certain dans la comprehension totale des films (surtout le second). On peut aussi parler de l'hermetisme de situation induit dans un film comme Samurai Spy de SHINODA. Film d'intrigues dense dont les tenants et aboutissants sont exclus de la petite mise en situation. L'orientation tres auteuriste du film, dont la minutie de representation d'une réalité historique (SHINODA oblige), amene enormément de questions. Dont les réponses révelent le film sous un nouvelle dimension.

En fait c'est plutot là que se situe la réponse mi figue mi raison à la question. Il est indéniable que regarder et apprecier un film se situe au delà de toutes connaissances universitaires. Et heureusement, car le cinéma est un art qui doit etre tout sauf élitiste. Nonobstant enormément de films appelent à une recherche "documentaire" sur tel évenement ou tel personnage. Une connaissance historique, meme minime, ne doit pas etre forcément préalable. Elle doit etre consécutive. (Et ensuite préalable sur d'autres films traitant d'un meme sujet, bien sur). C'est aussi une grande qualité d'un film que de pousser à aller au delà des images. Et la connaissance que l'on peut ensuite en tirer éclaire différement des films par exemple à forte valeur idéologique comme Sword of Doom ou Tenchu!. Ces quelques films puissants ne trouvent ils pas leur juste valeur dans justement leur contexte, et donc n'est ce pas louper une partie du film que de remiser celui ci ? Est-ce egocentrique de ma part de penser que oui ? le pire dans tous ça c'est que oui, c'est élitiste de le penser. Mais
comme dans toute chose, c'est une question de point de vue. J'aime regarder les films par thématiques et anticiper les eventuelles difficultés historiques; surtout que maintenant les sources de documentation sont légions et facilement accessibles.

Et puis aimer le cinema Japonais n'est ce pas aussi aimer le Japon, aimer sa culture. Si il peut etre finalement tres futile de savoir pourquoi les Toyotomi detestent les Tokugawa, ça ne gachera certainement pas le ressenti que vous aurez du film qui en parle. Mais le savoir, avant ou apres, est à mon sens du meme niveau que connaitre les implications du code du bushido et de l'honneur de maniere générale. Et ce dernier est totalement indispensable et préalable à toute vision de ces films d'époque. Sinon comment apprecier la déchéance de ITTO Ogami ?

NdR 1 : j'ai sciemment pris l'angle des films d'époque. Mais à y regarder de plus pres, le meme raisonnement peut s'appliquer aux films plus contemporains comme ceux sur la seconde guerre mondiale. Et la réponse sera la meme : connaitre l'histoire ca ne sert pas à aimer un film, mais ca sert au moins à le comprendre (l'exemple parfait étant la phrase finale d'Epickt dans son billet sur Eros+Massacre  "D’ailleurs moi j’ai rien compris". CQFD)

NdR 2 : Asiaphiliie a élargi le débat sur l'influence que pourrait avoir sur le ressenti la connaissance quant à l'opinion et la vie d'un réalisateur ou artiste. Là aussi une réponse ferme est inadaptée. Et comme dit précédemment ces quelques informations éclairent sans changer son rapport intime au film. Bien connaitre le rapport de Mizoguchi aux femmes et particulierement aux geisha n'enleve pas l'humanisme de son oeuvre.
 

Publié dans Divers

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Guillaume 18/07/2008 09:26

histoire de me donner legerement tort sur un point de détail : hier j'ai regardé la version 1959, made in Toei, de Kurama Tengu, ce populaire zorro à la japonaise, héros de sérial dans le bon sens du terme. Et bien le fond historique est ultra présent contrairement à ce dont je me souvenais de quelques épisodes précédents. Ca n'empeche en rien de suivre l'histoire, naive mais sympathique au possible.