La Tribu Du Soleil

Publié le par Boutigny Guillaume

TAIYOZOKU

Nouvelle Vague. Si en France le terme désigne un courant cinématographique bien défini ayant ses règles propres, la Nouvelle Vague japonaise n'est finalement qu'une appelation journaleuse pour désigner un nouveau cinema, dont les principaux protagonistes n'ont pourtant que peu de liens thématiques ou formels. Nouvelle Vague. Nous l'appelerons quand meme ainsi puisque la matraquage journalistique a eu raison de notre jugement, et puisque c'est, avouons le, plus simple d'avoir un nom générique pour parler de ces films japonais qui ont revolutionnés l'académisme de réalisation, choqués le public et les critiques et remis en question la société. Nouvelle Vague. Un courant daté par les meilleurs journalistes à la toute fin des années 50 avec l'apparition des premiers films de OSHIMA Nagisa, ou YOSHIDA Kiju (pour ne parler que de ceux qui ont le droit à des sorties / retro en France). Mais dater ainsi la nouvelle vague est faire preuve d'oeilleres. OSHIMA Nagisa le dit lui meme, la nouvelle vague est née avec le déchirement d'une jupe et le bruit d'un moteur de bateau. La nouvelle vague est née avec un film angulaire de 1956, Crazed Fruit. Un film représentatif de ce qui est nommé Taiyozoku, la Tribu du Soleil.
Au milieu des années 50 le Japon a finit sa reconstruction et s'est occidentalisé. Mais les evenements de la fin de la guerre, l'occupation américaine et l'ouverture à l'étranger ont forgé une nouvelle génération d'adolescent en mal de repères, perdus entre une liberté nouvelle et l'éducation rigide reçue de leurs parents. Une génération intermédiaire qui goute au désir et au plaisir. Et un écrivain perçoit avec acuité cette nouvelle génération, la décrivant dans ses premiers romans, Season of the Sun (Taiyo no kisetsu) et Crazed Fruit (Kurutta kajitsu).
Bien avant de péricliter dans des idéaux nationaliste puants de relents negationistes,  ISHIHARA Shintaro (qui deviendra gouverneur de Tokyo) défini cette nouvelle jeunesse dans des romans fondateurs qui se veront rapidement adaptés par la Nikkatsu.
En recherche d'un nouvel élan, la vieille dame japonaise court apres un nouveau genre à succes et à moindre cout. Et elle donne sa chance à des jeunes réalisateurs. C'est ainsi que d'abord FURUKAWA Takumi, pour Season of the Sun, puis NAKAHIRA Ko pour Crazed Fruit passeront du poste d'assistant réalisateur à celui de réalisateur en charge des adaptations de romans à succes. Et si on peut évidemment arguer que le premier film de la Tribu du Soleil est Season of the Sun, il est indubitable que c'est seulement Crazed Fruit qui a su retranscrir, formellement et thématiquement, les affres de cette nouvelle jeunesse.
Ce qui est vraiment nouveau dans ce courant Taiyozoku c'est que pour la premiere fois le Japon d'apres guerre se regarde dans un miroir. Et si les conservateurs des anciennes générations ne voient dans cette Tribu du Soleil que des jeunes délinquants s'adonnant à l'exces (ils furent un sujet d'alarmisme national au meme titre que nos blousons noirs), un regard attentif décelera plutot un questionnement sur une jeunesse en manque total de reperes familiaux et idéologiques. Peut on parler de délinquance ? Ce nouveau Japon préfere s'amuser, sortir dans les clubs à la mode, boire, draguer..... pour cacher un mal etre profond, un ennui que résume parfaitement une des premieres sequences clés de Crazed Fruit. "On s'ennuie" conclusion de monologues à plusieurs. La Tribu du Soleil est un fait une désignation sociologique pour un Japon qui change, sans retour arriere possible. Les héros de Season of the Sun et Crazed Fuit sont les personnages principaux, plus jeunes de quelques années, de Oshima Nagisa et confreres. Ils sont une revolution culturelle, et une vision japonaise de courants similaires en Occident.
Le genre apportera le succes à la Nikkatsu, mais il céda rapidement sous la pression conservatrice. Que reste il alors de ce courant ? quelques films, mais surtout une porte ouverte sur deux genres majeurs à venir dans les années suivantes : un cinéma contestataire et existentiel dans la Nouvelle Vague et le Nikkatsu Action, où la figure inébranlable du héros, cool et rebelle, est un prolongement direct de ceux de la Tribu du Soleil; mais aussi et surtout du magnétisme de certains acteurs comme ISHIHARA Yujiro.
Le Taiyozoku n'est fiinalement qu'un relai, un vortex à idéologie; plus qu'un genre à part entiere.


Season of the Sun (太陽の季節), 1956
Crazed Fruit (狂った果実) aka Passion Juvéniles, 1956

Publié dans Cinéma Japonais

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Death Lapinoo 06/07/2008 21:11

Merci pour cet article très instructif.Petite demande d'informations, outre ces deux films apparamment représentant de cette Tribu Du Soleil, il y a t'il réellement d'autres films de ce "courant"? Parce que finalement, en te lisant, des films tels que "Bon A Rien" de Kiju Yoshida ou "Contes Cruels de la Jeunesse" de Oshima, décrivant eux aussi une jeunesse en mal de repères avec leur héros super cool, s'ils n'étaient pas estampillés "Nouvelle Vague" se rattacheraient à ce courant? Ou alors c'est vraiment un courant marqué dans le temps plutôt que dans le thème?C'est encore un peu confus pour moi, mais tu m'as donné envie de découvrir ces deux films en tout cas, Crazed Fruit est disponible chez Criterion, il faudra que je farfouille pour l'autre.

Boutigny Guillaume 06/07/2008 22:38


Une difference réelle entre Tribu du Soleil et "nouvelle vague" est le coté beaucoup moins pessimiste et remise en question sociale virulente. De plus la tribu du soleil se rapporte quasi
exclusivement à une jeunesse dorée oisive, alors que Oshima, ou Yoshida vont parler du Japon d'en bas. La tribu du soleil c'est vraiment un courant de transition, finalement court.