Mercredi 3 juin 2009
BLACK KISS

Artiste aux talents multiples, TEZUKA Makoto intrigue par son univers assez spécial où la poésie côtoie le cynisme. Apres plusieurs œuvres de jeunesse entre films expérimentaux et films d'horreurs, il réalise son premier long métrage en 1999, Hakuchi. Et déjà à l'époque quand il était interrogé sur ses idées pour un prochain film, il répétait qu'il ferait le polar dont il avait toujours rêvé. 4 ans plus tard, quelques festivals diffusent un film nommé Synchronicity, puis plus rien. TEZUKA Makoto semble se recentrer sur la production et même la direction des nouveaux anime de Black Jack (personnage crée par son père TEZUKA Osamu). Et alors que ce film semblait être mort et enterré sans réelle édition DVD ou projection cinéma, sa sortie, apres tournage de nouvelles scenes, est annoncée sur les écrans japonais pour le 28 janvier 2006 sous, cependant, un nouveau titre : Black Kiss. Sans aucun rapport avec le comics éponyme, chef d'œuvre total signé Howard Chaykin, et bien que le thème de ce dernier mélangeant religion, violence et sexe, pouvait parfaitement s'adapter au style de TEZUKA Makoto, le film de ce dernier plonge le spectateur au cœur d'un Tokyo nocturne où un tueur étrange et sadique sévit dans l'entourage direct d'une jeune femme. Une intrigue à priori simple mais dans laquelle Tezuka va imbriquer des méandres faits d'ésotérisme et voodoo tout en continuant à surfer sur ses thèmes de prédilection que sont le milieu de la mode et des médias

Asuka est une jeune mannequin, franchement arrivée à Tokyo qui partage un appartement avec une autre mannequin, Kasumi. Un soir celle ci quitte l'appartement apres une dispute au téléphone. Seule, Asuka devient le témoin d'un meurtre se passant dans l'hotel en face de sa fenetre. Malgré la pénombre, elle apercoit le visage du tueur. Autour d'elle commencent alors à s'entasser des cadavres de plus en plus mutilés et scarifiés de symboles rappelant les rites voudou. Un jeune detective est chargé de l'enquete sur ces meurtres tous plus violents et bizarres les uns que les autres, tandis qu'un photographe se retrouve régulièrement sur les lieux des meutres mais aussi dans l'entourage d'Asuka.

La synchronicité est l'occurrence simultanée de deux évènements qui ne présentent pas de rapport de causalité, mais dont l'association prend un sens pour la personne qui les perçoit.
Cela fait du bien de se la peter un peu de temps à autre; mais surtout ça aide à comprendre où TEZUKA Makoto a voulu en venir avec ce mal nommé Black Kiss auparavant titré, lors des sorties test qui ont été catatrosphiques, Synchronicity. Cela aide à comprendre, certes, mais cela n'enleve pas les paradoxes et les "bizarreries" du film.
En fait, Black Kiss est rempli de bonnes idées, toutes disparates, que le réalisateur va lier sur la simple excuse de la synchronicité. Pèle mèle on retrouve donc des meurtres sanglants, des shootings de photo de mode, une enquete policiere, du voudou, de l'esotérims lié aux chiffres, de l'introspection. Le tout avec de vifs hommages à Alfred Hitchcock et des maitres comme Argento. Mais cette surenchère cause de gros incidents de liants, et l'ensemble en plus de paraitre indigeste semble surtout manquer d'équilibre. En fait, et ce n'est pas la fin en totale rupture de ton avec le reste du long métrage qui viendra le contredire, Black Kiss n'est qu'un amas de pistes scenaristiques dont les différentes finalités sont mal gérées. On se retouve d'ailleurs à penser un triste "Tout ça pour ça ?" à quelques moments clés lorsque la logique perd pied. Mais peut il y avoir logique dans un film basé sur la synchronicité ?

Il n'empeche que les différentes intrigues portent assez de bonnes idées pour maintenir un interet durable sur la longueur. Il faut dire que TEZUKA a mis le paquet sur la réalisation et l'ambiance visuelle. Entre des ruelles sombres aux teintes verdatres éclairées au néon ashmatique sous la pluie, des lieux deshumanisés en béton, et des chocs visuels ultra graphiques lors des meutres (cadravres avec des roses dans les yeux, corps transformés en marionnete gothique etc...), Black Kiss apporte son lot de sensations et de depaysements. On pense souvent à Argento. On sourit devant les références à Hitchock que sont l'hotel Bat's, le club Vertigo, et le premier meutre. On s'interresse au mystere ésotérique présenté. Formellement Black Kiss n'a rien à se reprocher, son atmosphere est envoutante et se rapproche de celle évoquée dans son court métrage Jiken Eiga dont on retrouve certains motifs évidents. Néanmoins, et ça fait mal de l'avouer, TEZUKA Makoto n'a pas réussi à donner une vraie consistance, une vraie cohérence à son film. Les remontages successifs n'ont certainement pas aidé, mais Black Kiss peche par exces de gourmandise thématique. Heureusement qu'il reste des tonnes d'éclairs de génie formels. Ainsi qu'une fin à la limite du grotesque qui restera longtemps dans les mémoires (pour le pire ou le meilleur).

Finalement Black Kiss se contente simplement d'etre le film le plus abordable de la filmographie de TEZUKA Makoto tout en étant celui par lequel il ne faut surtout pas commencer pour découvrir ce réalisateur. Un beau paradoxe, pour un film qui n'en est pas à un pret.


Black Kiss (ブラックキス)
2004
Un film de TEZUKA Makoto (手塚眞)
Avec : ANDO Masanobu (安藤政信), HASHIMOTO Reika (橋本麗香), ODAGIRI Joe (オダギリジョー), MITSUISHI Ken (光石研), KAWAMURA Kaori (川村カオリ), MATSUOKA Shunsuke (松岡俊介), KOJIMA Hijiri (小島聖), Angie (あんじ)

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