Spleen

Publié le par Boutigny Guillaume

DES ROUTES D'ADOLESCENCE

La jeunesse nippone va mal, ce n'est pas un secret. Prisonnière d'un système de valeur pronant la réussite à tous prix et d'une envie d'echapper à toute cette pression familiale et sociale, l'adolescent japonais est en manque de repères. Vivre sa vie ou vivre un vie, voilà, en schematisant, le dilemme. Parfois donc il explose. Plus souvent il implose. Le cinéma japonais n'est pas resté sourd à ce cri de detresse national, et là où souvent les jdorama montrent des ado certes paumés mais guerrissables rapidement, les réalisateurs et scénaristes jouent la carte de la noirceur, malheureusement réelle. Certains cinéastes se sont meme fait une spécialité de montrer sans jugement de valeur et avec justesse des destins d'adolescents à la merci d'un combat intérieur d'une rare violence.

Le premier d'entre eux, et dont vous entendrez souvent parler sur ces pages, Shunji Iwai, se montre particulièrement habile dans l'art de toucher au plus profond du mal-etre adolescent, en partie avec ses deux derniers longs métrage, diamétralement opposés dans leur approche du phénomène, mais se completant à merveille. All About Lily Chou-Chou raconte l'histoire croisée de différents adolescents en quete de repères et de valeurs auxquelles s'accrocher. Le personnage principal Hasumi se renferme sur lui meme, accablé par la dureté de la vie et celle de ses camarades de classe qui en ont fait leur souffre douleur. Il se refugie alors dans un monde imaginaire, où via un forum de discussion sur son idole Lily Chou-Chou il devient Philia le temps d'un évasion virtuelle salvatrice. Mais bien sur toutes les contrariétés ne peuvent infiniment s'emmagasiner dans un corps fragile et soumis à diverses pressions. Ce sont ses explosions d'un top plein de brimades et de mal-être intérieur que représentent alors les deux jeunes filles Yoko et Shiori. L'une se montrera forte. L'autre......... Tout en retenue, All About Lily Chou-Chou est pourtant d'une épouvantable violence psychologique, donnant la parole à un spleen souvent autodestructeur. Apparament plus léger, Hana & Alice, le film suivant de Shunji Iwai, n'en est pas moins tout aussi radical dans son portrait de jeunes filles banales, pleines de reves, d'ambitions et d'amour. On ne peut bien sur comparer cette Hana et cette Alice à Yoko et Shiori ou meme Hasumi, puisque leurs tourments seront moins autodestructeurs. Toujours est il que les deux héroines souffrent aussi en silence de manque d'amour, mais surtout cette fois le message se veut salvateur. Là où All About Lily Chou-Chou faisait montre de pessemisme, Hana & Alice se veut offrir un contrepoint ouvert sur l'optimisme. Les deux oeuvres sont donc à quasiment voir à la suite, pour se rendre compte de l'incroyable finesse dont a fait preuve Iwai pour dépeindre un malaise intérieur troublant de réalisme.

Akihiko Shiota, de son coté, a aussi eu le courage de traiter avec délicatesse de ce malaise de la jeunesse japonaise. Dans son Gaichu (Insecte Nuisible), il décrit le processus de destruction qu'une jeune fille s'impose quasi inconsciement. Paumée, sous estimée, brimée, la jeune Sachiko ne se sent pas vivre. Elle n'existe pas, puisque finalement aux yeux des autres elle n'est rien. Mais sa volonté est la plus forte, elle veut sentir la vie. Ce qui ne se fera pas en douceur, loin de là. Si All About lily Chou-Chou laissait dejà un arrière gout amer, Gaichu fini de balayer l'once d'espoir. Le film est d'une beauté mélancolique envoutante, et son héroine Sachiko donne envie, mérite meme, d'être sauvée. Mais nous, spectateurs, ne pouvons lui tendre les bras, meme si l'envie nous en dévore. Le film fait alors très mal, preuve irrefutable qu'il touche au but. Gaichu est en fait le plus beau film au monde sur une adolescence loin de tous repères. Sachiko s'en sortira t'elle ? mystere, chacun donnant sa version des faits selon son ressenti envers le destin choc de cette jeune fille touchante.

Bien d'autres films traitent de ce spleen adolescent. Leur donner tribune ici serait la moindre des choses, puisque beaucoup sont boulversants de réaliseme. On pourrait donc citer le nouveau film de Akihiko Shiota, Canary, ou bien Blue Spring de Toyoda Toshiaki. Malheureusement la liste est bien trop longue, et chacun mériterait un traitement individuel poussé. Une prochaine fois. Peut etre.

Publié dans Cinéma Japonais

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MatriXa 27/05/2006 17:01

C'est un excellent commentaire mais maïtre , ayez la bontée de mettre en gras les titres de films afin que l'oeil fatigue moins.Liebe ..

Iodock 18/03/2006 13:53

Joli jeu de mot ! non , a part ça , c'est un beau travail !!!
Bonne continuation !